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Essai BMW M235i xDrive Gran Coupé : changement de cible

Nous avons essayé la nouvelle BMW Série 2 Gran Coupé dans sa version M235i xDrive. En rupture avec nombre de préceptes de ses ancêtres, elle s’attaque à une nouvelle clientèle pour gagner des parts de marché face à la concurrence : que vaut le nouveau bébé de BMW dans cette optique ?

Que de bruit autour de cette nouvelle Série 2 Gran Coupé. Le passage à la plateforme traction – particulièrement – a été vécu comme un sacrilège pour bon nombre de puristes. Autant sur un monospace, je n’ai personnellement rien dit; sur la nouvelle Série 1, qui était la dernière compacte en propulsion, cela m’a en revanche fait bizarre; mais cette fois, BMW se paient l’audace de proposer un coupé 4 portes en traction. En outre, la dénomination M235i résonne encore à mes oreilles comme la petite soeur de la M2, l’une des sportives les plus amusantes de sa génération, dont la propulsion et le 6 cylindres en ligne sont l’essence… Aujourd’hui, elle est en version M235i Gran Coupé devenue un xDrive de naissance traction, équipé d’un bloc 4 cylindres. Alors, on jette l’éponge ? Certainement pas, d’autant que j’en ai entendu plus de bien que de mal, et que se faire son propre avis est essentiel à l’heure des réseaux sociaux. A vrai dire, je me voyais déjà contredire les ragots et mes préjugés sur cette BMW M235i Gran Coupé, mais devinez quoi ? C’est finalement BMW qui m’ont pris à contre-pied. Ils ont d’ailleurs selon moi pris le contre-pied de tout un pan de la philosophie de la marque, et il ne m’appartient pas de juger si c’est à tort ou à raison.

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La plus belle voiture de l’année 2020 ?

BMW Group France n’ont pas fait dans la dentelle : ils ont mis entre mes mains probablement la moins discrète de leurs M235i GC, parée d’une robe rouge Melbourne tirant légèrement sur l’orange. Les appendices propres à une version badgée M apportent des touches de noir au niveau de la calandre, des boucliers, des jupes, des rétroviseurs (en option), jusqu’au bandeau arrière, au petit becquet et aux tours de vitres. Les jantes optionnelles de 19 pouces complètent une panoplie pour le moins exubérante. Alors, de suite : les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Si la Série 2 Gran Coupé a été élue plus belle voiture de l’année au Festival Automobile International, c’est qu’il y a une raison. Néanmoins, son design divise.

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Personnellement, je n’ai rien à redire sur cette face avant. Les optiques caractéristiques sont aussi agressives qu’élégantes, et se marient avec une calandre que je trouve plutôt bien proportionnée. De 3/4 avant, la M235i Gran Coupé impose une belle présence, renforcée par ce rouge qui attire les regards.

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Pour moi, c’est ce 3/4 arrière qui pêche. Je ne trouve pas la ligne globale désagréable, pourtant cette face arrière me parait légèrement disgracieuse. Selon certains angles, j’ai la tenace impression de me trouver devant un SUV coupé : certains loueront l’affiliation avec le tout grand frère X6, bien sûr ! Ce n’est pas mon cas, mais à nouveau, c’est question de goûts.

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A l’intérieur : BMW pure souche

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Les plus connaisseurs retrouveront les éléments issus de la Série 1, évidemment. Pour ce qui est des matériaux et des finitions, c’est absolument irréprochable, comme une majorité de productions actuelles de la marque bavaroise. Série badgée M oblige, nombreux sont les rappels à cette filiation, le tout donnant une atmosphère sportive à bord. Attention, les liserés aux couleurs M sur les ceintures de sécurité sont une option, facturée 310€. De même, le rétroviseur anti-éblouissement, particulièrement raffiné, s’obtient moyennant 180€ supplémentaires.

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L’ergonomie repose beaucoup sur les boutons, en comparaison avec certaines concurrentes, qui préfèrent par exemple arborer une étoile qu’une hélice. Personnellement, j’aime beaucoup conserver des boutons. J’ai donc particulièrement apprécié les commandes de climatisation, qualitatives, ou encore la molette complémentaire à l’écran tactile. Clairement, l’ergonomie BMW s’apprend et il faudra un temps d’adaptation aux non-initiés ou aux possesseurs d’une ancienne génération.

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Le système d’infotainment est très complet et propose tout ce qui se fait de plus moderne. Là aussi en revanche, la navigation n’est ni aisée ni intuitive, et certaines manipulations s’avèrent fastidieuses. Apple CarPlay sans fil, c’est une excellente fonctionnalité en 2020. Il m’a fallu en revanche quasiment 10 minutes pour réussir à le paramétrer, avec un deuxième cerveau pour m’aider, et nous sommes pourtant technophiles ! En outre, les applications Waze et Spotify (autrement dit, 95% de mon utilisation CarPlay) ont tout bonnement cessé de fonctionner à quelques heures de rendre la voiture. Il m’aura fallu le déconnexion complète de l’appareil, l’effacement total des liens entre la voiture et l’iPhone ainsi qu’un reboot pour en retrouver l’usage. Notre modèle était même doté de la commande gestuelle. Cette option à 310€ fait office de gadget plus amusant qu’utile dans notre Série 2 Gran Coupé, tant l’ergonomie classique fait parfaitement le job lorsqu’on la maîtrise.

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L’espace à bord est impeccable à l’avant; à l’arrière, l’espace aux jambes est très bon, mais le toit fuyant, emprunté à l’ADN du coupé, réduit forcément la hauteur sous plafond. Attention donc aux passagers de plus d’1m85 ! Le coffre, ne disposant pas de hayon, est relativement profond et offre ainsi un volume de 430 litres.

Au volant : la surprise !

La première chose qui m’a marqué à bord, en tant qu’habitué des sportives BMW, c’est le capot court de cette M235i Gran Coupé. Et oui, seulement 4 cylindres permettent de raccourcir le capot de notre Série 2 ! Au démarrage, le moteur se réveille avec un miaulement rauque et quelques pétarades à l’échappement, et ce peu importe le mode de conduite engagé : le ton est donné ?

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Seulement 4 cylindres : une tare ?

Doté de 306 chevaux (un clin d’oeil à la puissance des anciens 35i en 6 cylindres ?) et de 450 Nm de couple, le moteur du plus petit des Gran Coupés BMW est un vrai plaisir à l’usage. Mon confrère Jalil a utilisé des termes très parlants pour le décrire, qui m’ont fait sourire : il a « l’élasticité d’un chewing-gum ». Souple à bas régime, il est également en effet capable de très bonnes accélérations et ne rechigne pas à s’approcher des 7000 tours de manière bien linéaire. Seule une latence à la relance vient à peine ternir le tableau, turbo lag et parfois réactivité de boîte oblige. A côté de ça, la boîte automatique ZF à 8 rapports est elle aussi une crème dont on ne se lasse pas. Au final, ce groupe motopropulseur est une vraie bonne surprise.

Prestations routières : on n’est pas si mal !

Ce que je n’attendais pas de cette voiture, c’est un tel confort en usage quotidien. A rythme paisible, la M235i GC se fait oublier par un silence de fonctionnement et une douceur insoupçonnés par rapport à son look tapageur ! Le confort d’amortissement est appréciable malgré les jantes de 19 pouces et pneus taille basse aux 4 coins, un combo généralement antagoniste à une bonne absorption des petits chocs. La direction légère complète le filtre des imperfections de la route. Les différentes assistances à la conduite dont le régulateur de vitesse actif (460€ en option) vous permettent d’évoluer dans le trafic en toute sécurité, et sont déconnectables si vous trouvez certains aspects trop autoritaires (par exemple l’intervention sur la direction du maintien de voie). Les sièges M Sport offrent un maintien exemplaire et sont eux aussi plutôt agréables malgré leur apparence radicale. Ajoutez toutefois à notre configuration 990€ de réglages électriques à mémoire, 400€ pour les rendre chauffants et 250€ de réglage lombaire : l’ensemble n’est pas donné !

Comportement routier : adieu la sportivité BMW ?

Pour accompagner l’excellent couple moteur/boîte, les équipes de BMW ont conçu un bon châssis. Quand le rythme s’accélère, la BMW M235i xDrive distille un comportement très sain, s’apparentant bien évidemment à celui d’une bonne traction avec son différentiel Torsen à l’avant. Les appuis sont encaissés sans broncher, et le poids plutôt conséquent de l’auto (plus de 1600 kilos) se fait bien oublier grâce à son agilité. Les limites sont signalées par les pneumatiques (monte Bridgestone Potenza S001 d’origine) de manière progressive, ce qui permet de ne jamais mettre la M235i Gran Coupé en défaut. On regrette même que l’essieu arrière ne soit pas plus mobile, car à mon rythme il était sur son rail, rendant la conduite appuyée presque sécurisante à son volant. Je mettrais un point d’exception où le tableau est moins brillant : sur route très bosselée ou bien dégradée, la direction manque franchement de communication ou de précision – je ne saurais le dire à mon niveau – et l’amortissement me plairait mieux un tantinet plus ferme.

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En fait, je dirais que le compromis confort/efficacité est excellent, mais que le curseur ne va assez loin ni du côté de la sportivité, ni de celui du confort. Les différents modes de conduite (Eco Pro, Comfort, Sport) ne permettent en effet de naviguer qu’entre deux positions (normal ou sport) pour ce qui est des sensibilités moteur, boîte, direction. On ne touche pas directement au réglage de l’amortissement, et il n’existe aucune alternative plus douce que le mode « normal ». Ainsi, j’aurais préféré une M235i plus ferme encore en mode Sport. Quand je parle d’efficacité, c’est pour dire que la M235i xDrive Gran Coupé est clairement une voiture avec laquelle on peut aller très vite. Toutefois, la performance se fait au détriment du « toucher de route » que j’ai connu sur nombre de BMW de précédentes générations, et surtout au détriment de sensations au volant, comme la majorité des sportives contemporaines, aseptisées par choix. A quoi bon aller vite, alors ?

Elle fait du bruit, ta M235i Gran Coupé ?

Si notre Série 2 Gran Coupé sous stéroïdes est discrète en conduite coulée, elle sait donner de la voix lorsque le pied droit se veut plus lourd. La sonorité du 4 cylindres est par ailleurs loin d’être désagréable, même « nue » en mode Eco Pro. L’ambiance est renforcée aux hauts-parleurs en mode Comfort (pourquoi, et pourquoi pas ?) et en mode Sport, mais jamais de manière exagérée, chose que j’ai plutôt appréciée. Néanmoins, il peut manquer un peu d’exubérance à l’échappement en mode Sport pour apporter la touche de fun qui va avec l’image rendue par une M235i GC rouge. La concurrence sait le faire sur cette gamme d’autos, je regrette (pour eux) que BMW ne l’aient pas implémentée sur ce modèle.

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En somme : une nouvelle philosophie dans la gamme BMW

Et ce sera ma transition toute faite : cette M235i Gran Coupé n’est pas une descendante des berlines et coupés 6 cylindres propulsion de la marque. Il faut la prendre pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un nouveau modèle dans la gamme à l’hélice dont le seul but est d’aller chercher des parts de marché à l’Audi S3 berline et à la CLA 35 AMG. Donc oui, c’est une « traction » (xDrive, je vous l’accorde…) avec un 4 cylindres. Mais elle vient boxer dans cette catégorie avec de sérieux arguments, notamment une vraie gueule, un super moteur et d’excellentes prestations d’efficacité et de confort.

Où je suis perplexe, c’est que la M235i xDrive Gran Coupé me paraît plus intéressante au quotidien qu’en conduite sportive. Pour le moins étrange, pour une badgée M sertie d’un rouge sportif ! En outre, qu’apporte-t-elle de plus que les concurrentes qu’elle vient chercher ? Face à une clientèle en recherche d’une berline vitaminée dirons-nous « extravertie », ne manque-t-elle pas de la dose de « too much » d’un échappement plus viril pour compléter son design extérieur atypique ? Son intérieur ne manque-t-il pas d’audace et de modernité devant les avancées de Mercedes et d’Audi ? Personnellement, je lui donnerais même l’avantage d’être la plus civilisée si on lui préfère un coloris sobre comme le gris Mineralgrau métallisé ou original comme le bleu de présentation, et c’est vraiment là que BMW m’ont absolument surpris.

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Finalement, peut-être la Série 2 Gran Coupé réussira-t-elle sa carrière sur des configurations plus modestes, en 220d ou 218i, où les excellentes prestations offertes trouveront un public qui ne s’intéresse pas à la puissance et à l’exubérance d’une M235i. Sans oublier que dans cette version « ultime », la M235i xDrive Gran Coupé se négocie à partir de 57250€, notre modèle essayé flirtant avec la barre des 65000€.

Julien Landry

Julien Landry

Commercial, musicien, je suis ici parce-que j'aime conduire et j'aime écrire. C'est avec grand enthousiasme que j'essaie de transmettre ma passion pour la bagnole et le sport auto, le tout en défendant avec ferveur le plaisir de conduite.

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