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Essai BMW 745Le xDrive et M760Li xDrive (2019) : redéfinir les priorités

S’arrêter sur la calandre démesurée de la nouvelle Série 7 serait passer à côté de l’essentiel. Alors que les critiques sur son physique fusent, la nouvelle Série 7 s’affirme comme la limousine qui n’oublie pas son conducteur. Pari tenu ?

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Là, vraiment, je ne comprends plus rien. Je suis sur une route secondaire déserte qui serpente quelque part en Europe de l’est, roulant à bon rythme, sourire aux lèvres. Sauf que je ne suis pas derrière le cerceau d’une compacte sportive survitaminée et ultra communicative, mais au volant d’une limousine hybride efficiente et extrêmement filtrée. C’est le monde à l’envers ! Si vous m’aviez décrit le scénario il y a quelques jours à peine, j’aurais poliment répondu que vous vous fourvoyez. Et pourtant… Les virages s’enchaînent et, à chaque freinage, c’est la même rengaine. J’anticipe, garde en tête que mon vaisseau amiral pèse 2,2 tonnes et mesure 5,26 m de long (!), puis inscrit la 745Le en entrée de courbe. Et je me fais encore avoir : j’aurais pu passer 10 voire 15 km/h plus vite en restant dans la zone de confort de l’auto. C’est de la sorcellerie !

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Grâce à une armada technologique de haut vol -parmi laquelle des roues arrière directrices, un contrôle actif du roulis, et une suspension pneumatique paramétrable-, la Série 7 châssis long se joue du relief et des épingles avec une facilité aberrante. Bien aidé par une direction bien calibrée mais trop alourdie (de manière artificielle) en mode Sport, le châssis permet réellement de faire des merveilles au vu des mensurations de l’auto. Moi qui m’attendait à me faire conduire plutôt qu’à exploiter la belle sur des routes de campagne, me voilà servi. Je vous garantis qu’il y a quelque chose d’irréel et de profondément jouissif à cingler la route dans un haut niveau de confort, avec cette espèce de déconnexion induite par l’isolation phonique et le moelleux de la suspension pneumatique. Laquelle, si elle ne parvient pas à gommer tous les défauts de la chaussée, a au moins le bon goût de ne pas manquer de rigueur et de mieux juguler le roulis que le X7, bien aidée par un centre de gravité plus proche du sol. Reste qu’en y allant fort, le poids habilement caché jusqu’ici se rappelle à votre bon souvenir avec de l’inertie et vous rappelle qu’une 7, ce n’est pas fait pour la grosse attaque.

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De l’hybride au V12

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Pour se mouvoir aisément tout en respectant mère nature, la 745Le fait appel à une motorisation hybride composée d’un 6-cylindres en ligne accompagné d’un moteur électrique pour un total de 394 ch. Belle évolution par rapport à sa devancière, qui devait se contenter d’un 4-cylindres. Capable d’évoluer sur une cinquantaine de kilomètres en mode tout électrique (valeur annoncée par le constructeur) jusqu’à 140 km/h, il permet ainsi à la limousine de se montrer réellement économe en ville, bien que ce ne soit pas son terrain de prédilection. Sur route, le bloc hybride jongle de manière totalement transparente entre électrique et thermique, à tel point qu’il est parfois nécessaire de vérifier sur le combiné d’instrumentation quel énergie est privilégiée. En mode sport, l’électrique adjoint son couple au 6 en ligne pour des accélérations franches (5,1 s de 0 à 100 km/h) et des reprises canons, le tout dans la douceur que l’on attend à ce niveau de gamme. La performance est imperceptible, ce qui fait de la Série 7 un véritable piège à permis si l’on y prend garde. Un constat encore démultiplié quand l’occasion s’offre à moi de tester brièvement la très exclusive M760Li xDrive.

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Malgré l’absence de tout l’attirail lié à l’hybridation (moteur électrique, batteries…), elle accuse 135 kilos de plus que la 745Le xDrive. La raison de cet embonpoint ? Il est sous le capot : un monstrueux V12 biturbo 6.6 de 585 ch et 850 Nm, l’un des derniers 12-cylindres de la production automobile, trône à l’avant. Le plus impressionnant est que malgré ses chiffres de supercar (les 100 km/h sont atteints en 3,8 s, comme une Mercedes SLS AMG !), il est d’une onctuosité difficilement égalable. A l’accélération, c’est comme si une main géante vous plaquait délicatement mais inexorablement au fond du siège, avec une force qui semble infinie tant la poussée ne faiblit pas, à l’instar d’un avion au décollage. Il faut être à des vitesses où votre permis n’est déjà plus qu’un lointain souvenir pour enfin avoir l’impression que le moteur atteint sa vitesse de croisière et ralentit la cadence. Quelle santé ! La cylindrée importante et l’étagement de la très bonne boîte auto à 8 rapports permettent à la fois d’avoir du couple à tous les régimes et de cruiser à peine au dessus du ralenti à 130 km/h.

Première classe

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Histoire de pousser l’expérience au maximum, je laisse mon binôme prendre le volant puis m’installe à l’arrière, où l’empattement allongé de 14 cm (3,21 m, pas loin de la taille d’une citadine) donne vraiment l’impression d’être VIP. Et les clients ne s’y trompent pas : d’après la marque, 80 % des Série 7 sont commandées en châssis long. Tablette Samsung amovible dans l’accoudoir central, siège réglable dans toutes les positions imaginables, repose pieds, table dépliable pour y poser un ordinateur, stores pare-soleil électriques… Tout est fait pour que l’espace soit personnalisable afin de se sentir bien et de pouvoir travailler en paix entre deux rendez-vous business.

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Bien évidemment, les dernières technologies et aides à la conduite sont de rigueur, même s’il faut parfois piocher dans le prolifique catalogue d’option pour profiter de toutes les gâteries disponibles. Alors certes, la Série 7 n’offre pas l’expérience cocon ni la douceur d’une Mercedes Classe S, tout comme elle impressionne moins à l’intérieur que le cockpit futuriste d’une Audi A8. Toujours est-il qu’elle est l’une des rares limousines qui s’apprécie au volant et depuis les places arrière. Même si à ce niveau de gamme, le choix d’un modèle se fait plus en fonction du design et des goûts de chacun que des prestations proposées, toutes plus ou moins équivalentes en utilisation lambda, c’est déjà une petite victoire.

Merci à Christophe Boulain (magazine Followed) pour l’aide sur les images. Crédits photo intérieur et M760Li : BMW.

Jalil Chaouite

Jalil Chaouite

Tant que ça roule, ça me plait... Ou presque. En tout cas je suis toujours curieux d'essayer tout ce que je peux, pour multiplier les points de comparaison. Je mentirais si je disais que je ne préfère pas une sportive à une banale citadine, mais je mets un point d'honneur à aborder chaque nouvel essai avec la même neutralité. Mes avis sont en général très tranchés, mais je ne suis jamais fermé à la discussion ! Bonne lecture :)

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