Essais

Prise en main Toyota GR86 : le plaisir à l’ancienne

Nous avons participé à la neuvième édition d’Exclusive Drive au Mans avec un partenaire dont l’histoire résonne particulièrement fort ici : Toyota. Mythique course automobile, les 24 Heures du Mans ont été en effet le théâtre de fortes émotions pour le constructeur japonais. Iconique participant depuis les années 80, Toyota auront échoué à 18 reprises au cours de l’épreuve manselle (trois fois notamment sur des coups du sort absolument incroyables) avant d’être sacrés en 2018 pour la première fois. Et depuis, c’est en maîtres que les nippons règnent sur les 24 Heures du Mans, en attendant de nouveaux sérieux concurrents dans la nouvelle réglementation Hypercar/LMDh… Tout ça pour dire que le sport auto au Mans et Toyota, c’est une grande histoire ! Donc même si je connais déjà bien l’événement Exclusive Drive, c’est une édition particulièrement savoureuse qui m’attend.

Dans le bain de la compétition

Et je suis immédiatement pris à froid avec un baptême passager dans une des évolutions les plus énervées de la nouvelle Supra GR : la version GT4. Engagée dans les différents championnats européens de GT4, cette machine développe jusqu’à 435 chevaux pour environ 1300 kg sur la balance. Comme elle est basée sur la voiture de série, on y retrouve de nombreux éléments d’origine, y compris dans le cockpit résolument compétition de l’engin : la planche de bord, les poignées de porte, l’écran du GPS (bien que condamné), et même la molette du système d’infotainment (d’origine BMW !) sont reconnaissables. Bien sûr, pour le reste, on est passé par la case transformation avec un arceau gigantesque, un volant de compétition et un affichage au compteur de toutes les informations essentielles en course. A l’extérieur, une simple photo suffit à vous le montrer : impressionnant !

Une fois sur la piste, ce n’est pas tellement la poussée qui surprend, car de nombreuses sportives d’aujourd’hui sont capables de nous catapulter bien plus vite à des vitesses stratosphériques. En revanche, au premier virage, on comprend le monde qui sépare la série de la compétition : le freinage surpuissant et la tenue de route sont d’un tout autre niveau. La vitesse de passage en courbe démontre un grip latéral exceptionnel, et le rythme reste très élevé en tout point du circuit Bugatti. Je vous conseille !

Retour à la pitlane décoiffé par le talentueux pilote de la Supra GT4, je découvre de plus près l’ensemble de la gamme sportive GR de Toyota. Sont donc présentes la dernière Supra et la surprenante Yaris. Vu les lieux, je prends surtout le temps de les voir évoluer sur le circuit !

 

De la piste à la route : la recette GR86

Mais rapidement, c’est vers la nouvelle sportive de la gamme que mon regard se tourne : la GR86. Descendante de la bien connue GT86 co-développée avec Subaru, elle en reprend la ligne du coupé mais change toutefois beaucoup d’un point de vue esthétique. Les optiques se modernisent, s’adoucissent et adoptent à l’avant une nouvelle signature lumineuse sobre et efficace. Le bouclier avant agressif dispose de deux entrées d’air latérales, parées de noir, du plus bel effet. L’arrière n’est pas en reste avec la mise en avant de la double sortie d’échappement et de becquet intégré à la malle, façon bec de canard. Une jolie addition à la gamme GR actuelle !

Toyota nous cuisinent ici à nouveau une recette que j’apprécie beaucoup, et qui risque de disparaître bientôt sur l’autel de l’écologie. En effet, la GR86 est dotée d’un 2.4L atmosphérique qui développe 232 chevaux. Un moteur pointu qui réclame à ce qu’on aille chercher les tours pour en révéler le caractère et en dégager la performance : clairement, c’est à contre-courant de la majorité des sportives qui naissent aujourd’hui. Et ce ne sera pas pour me déplaire ! La vieille école a son charme. J’ai pu essayer la GR86 dans deux cadres : une prise en main semi-urbaine autour du circuit du Mans, et une poignée de tours à son volant sur le circuit Bugatti, accompagné d’un pilote instructeur.

Essai routier : conduire, et rien d’autre

Même si le couple max du moulin atmosphérique est situé haut (3700 tours/mn), la GR86 se montre assez souple pour profiter d’une conduite coulée agréable. D’autant qu’elle est d’une discrétion remarquable lorsque l’on évolue à bas régime, en ville ou sur route. Le confort est correct avec un bon maintien des sièges et une excellente position de conduite. Rappel à l’ordre sur les premiers ralentisseurs : nous sommes à bord d’une sportive avec des réglages de suspension plutôt fermes. La commande de boîte manuelle (dont nous disposions sur l’essai routier) est très précise et très agréable à manier. D’ailleurs, tout ce dont on a besoin pour conduire tombe sous la main ; en revanche, la console centrale paraît tournée vers le passager, et c’est quasiment le cas ! Une volonté du constructeur qui souhaitait maintenir l’attention du conducteur sur la route. C’est réussi ! La voiture est engageante à conduire, et c’est ce qu’on a envie d’y faire à son bord.

Toyota Gazoo Racing – France | Exclusive Drive | Mars 2022 | Le Mans | ©Jules Benichou / Twenty-one Creation

Toyota Gazoo Racing – France | Exclusive Drive | Mars 2022 | Le Mans | ©Jules Benichou / Twenty-one Creation

Pas forcément vite, mais évidemment la petite sportive n’est pas siglée Gazoo Racing pour rien… Quand on hausse le rythme, le moteur rageur réclame ses tours, et le comportement de la GR86 se révèle. Sain, le châssis n’en reste pas moins joueur : le train arrière est rapidement baladeur, que ce soit sur les freins ou à la gestion de la pédale de droite à basse vitesse. Le rupteur abrupt ne nous attend qu’à 7400 tours par minute, une donnée fort appréciable pour les passionnés de sportive à l’ancienne. Par ailleurs, la GR86 est relativement légère (1270 kg annoncés) et cela se sent. C’est sur la piste seulement qu’une –selon moi- flatteuse comparaison avec l’Alpine A110 m’est venue à l’esprit, sur quelques points de son comportement.

Toyota Gazoo Racing – France | Exclusive Drive | Mars 2022 | Le Mans | ©Jules Benichou / Twenty-one Creation

Je n’ai pas eu le temps de m’attarder sur l’intérieur, mais voilà ce que j’en ai retenu. L’habitacle est à la japonaise, avec encore de nombreux boutons physiques. L’écran est bien défini, sans égaler les dernières productions européennes ; l’ergonomie paraît perfectible, il faut en tout cas un temps d’adaptation dont je n’ai pas disposé ; les sièges avant sont flatteurs et de bonne facture. Au volant, on ne se préoccupe finalement quasiment que de lui, des pédales et du levier : n’est-ce pas ce qu’on attend d’une bonne sportive ? Elle paraît d’ailleurs peu accueillante avec des places arrière réservées aux enfants, et un coffre peu généreux (226 litres).

Toyota Gazoo Racing – France | Exclusive Drive | Mars 2022 | Le Mans | ©Jules Benichou / Twenty-one Creation

Pour conclure, le ressenti immédiat que j’ai eu avec cette GR86 sur route, c’est celui d’une sportive dans l’âme certes, impliquant son conducteur, mais bien assez civilisée à l’usage pour qui en ferait son daily (solo ou en couple !).

Essai sur piste : fun et sécurisante

Sur le circuit Bugatti, que je connais plutôt bien, j’ai trouvé la GR86 très amusante. Le temps de retrouver mes repères –deux ans sans circuit tout de même- et je prenais déjà confiance dans la petite sportive Toyota.

Au freinage, sa légèreté la rend clairement baladeuse dès que la piste n’est pas plate et droite : très amusant de se surprendre à contre-braquer naturellement avant de terminer son entrée en courbe. C’est le cas notamment dans le virage 4 du Bugatti, en dévers, mais on l’apprivoise très vite et la largeur de la piste par rapport aux capacités de l’auto nous met tout à fait en sécurité. Les réaccélérations relativement prudentes de ma part n’ont jamais permis à l’arrière de ma GR86 de se dérober. Ce qui est plutôt cocasse, c’est que sur le circuit, la GR86 paraît bien plus souple que sur route. A moins que les réglages des deux modèles soient différents, je pense que les contraintes supérieures imposées à l’auto sur piste -notamment sur les freins- donnent cette impression. Sur route, c’est d’avantage l’absorption des chocs (trous, ralentisseurs) qui m’a donné la sensation de raideur. Et autant dire que le bitume du circuit Bugatti est absolument irréprochable ! Bien sûr, les vibreurs secouent, mais pour ceux qui ont déjà expérimenté la chose, c’est le cas dans n’importe quelle voiture…

La boîte séquentielle via palettes au volant est tout à fait réactive, la direction est précise et assez informative pour mon niveau de pilotage. Il est très agréable d’aller chercher la zone rouge à chaque passage de rapport, et c’est quasi indispensable si l’on veut profiter de la puissance de la GR86 à fond. Niveau sonorité, le 2.4 nous met dans une ambiance sport indéniable sans toutefois faire trop de vocalises. Les haut-parleurs sont d’ailleurs mis à contribution pour l’exercice ! L’échappement est donc plutôt feutré, et la préparation GR n’a pas exagéré sur les pétarades : j’avoue que ça m’aurait presque manqué ! Reste qu’on prend facilement du plaisir à son volant tant elle est accessible, et dans son élément sur une piste. J’aurais encore d’avantage apprécié la boîte mécanique sur cet essai circuit, même si l’expérience devient plus délicate !

La GR86 : le dernier souffle pour les sportives à l’ancienne ?

Globalement, c’est en tout cas une sportive qui ne manque pas d’âme, ni de châssis. Plutôt efficace de mon expérience, la GR86 laisse toutefois clairement la possibilité de s’amuser si l’on cherche à la faire glisser, comme une certaine GT86 avant elle. Digne succession de sa grande sœur, la GR86 est probablement aujourd’hui l’une des dernières sportives « à l’ancienne » à maintenir sa commercialisation sur le territoire français. Dommage que l’Etat assassine le modèle avec une taxation à hauteur de 50% de son prix d’achat, car le ticket d’entrée était en outre très raisonnable. Malgré ce point noir, un grand merci Toyota, et à bientôt au Mans.

 

Julien Landry

Julien Landry

Commercial, musicien, je suis ici parce-que j'aime conduire et j'aime écrire. C'est avec grand enthousiasme que j'essaie de transmettre ma passion pour la bagnole et le sport auto, le tout en défendant avec ferveur le plaisir de conduite.

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