Essais

Essai nouvelle Audi RS 3 (2021) : la meilleure des compactes sportives ?

Malgré une conjoncture défavorable, Audi offre un dernier round d’adieu à son mythique 5-cylindres, sans électrification. La nouvelle RS 3 en hérite et se pose comme l’une des sportives les plus abouties de sa catégorie.

Sur l’autoroute qui m’emmène de l’aéroport de Marseille à mon point de chute, bien peu de choses pourraient trahir le fait que je me trouve à bord d’un missile sol-sol. Mode Confort activé, boîte en D, je cruise tranquillement au régulateur. Le moteur ronronne dans un feulement à peine audible, l’insonorisation poussée me coupe du monde et même le châssis me paraît étonnement conciliant pour une sportive. Certes, mon exemplaire est doté d’une suspension pilotée optionnelle (1 200 €) mais réglée au plus souple, elle s’y entend à merveille pour filtrer les aspérités de la chaussée grâce à une bonne progressivité. Alors que je détaille un peu l’habitacle qui m’entoure, je suis déçu de constater que très peu de choses changent par rapport à une Audi A3 conventionnelle bien équipée.

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En l’absence de pack Design RS Plus, mon exemplaire de prêt fais l’impasse sur le volant en alcantara avec repère contrastant à douze heure, ainsi que sur les lamelles d’aérateurs colorées. Du coup, il n’y a guère que le bas du volant siglé RS ou les compteurs numériques à l’animation spécifique qui mettent la puce à l’oreille. De la part de celle qui se vente d’être une teigne, j’en attendais plus ! Et puis soudain un confrère apparaît dans mon rétroviseur et se décale sur la file de gauche pour me dépasser.

Look sans équivoque

C’est alors que je prends la pleine mesure de la gueule ultra menaçante de la nouvelle RS 3. Le vert Kyalami de ma poursuivante n’y est pas étranger (le rouge Tango de la mienne ne passe pas inaperçu non plus), mais la silhouette ultra bodybuildée qui s’approche me redonne instantanément le sourire. Entrées d’air béantes, optiques froncée avec une signature lumineuse comme seul Audi sait les faire, ailes largissimes à l’avant pour pouvoir loger les pneumatiques 20 mm plus larges qu’à l’arrière… Difficile de faire plus bestiale sur une compacte de série !

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Le profil n’est pas en reste, surtout qu’Audi a logé des extracteurs d’air verticaux derrière les roues avant, donnant vraiment l’impression qu’un kit carrosserie a été installé en seconde monte sur la voiture. L’autre RS 3 se rabat gentiment devant moi, laissant apparaître ses clignotants à défilement et me laissant tout loisir d’admirer son trois quart arrière très énervé. Les deux énormes canules d’échappement ovales, caractéristiques des modèles RS, cachent en réalité quatre sorties plus petites à l’intérieur. Un regret ? Cette espèce de fausse grille noir en plastique, qui court sur toute la largeur de l’auto et qui fait un peu cheap dans un univers autrement musculeux. Quitte à la faire, autant aller jusqu’au bout de l’idée et mettre une vraie grille en maillage serrée !

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It’s Drift Time baby !

Toutes ces considérations de look sont très vites oubliées alors que j’arrive sur les plateaux d’un studio de cinéma loué pour l’occasion par Audi. Pas question ici de tourner une scène du prochain Fast and Furious (même si l’auto si prête), mais plutôt d’essayer le nouveau mode drift dont est équipé la RS 3 millésime 2021. De la glisse ? Avec un quattro ? Il faut pour ça enclencher le mode RS Torque Rear. Car la vraie magie de la compacte est d’embarquer un train arrière équipé de deux embrayages qui peuvent distribuer la puissance à l’envie entre les roues postérieures. Si l’avant gardera toujours 50 % du couple total, la roue arrière extérieure en virage peut recevoir la totalité des 50 % restant.

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Résultat, on roule au ralentit, on braque et on écrase l’accélérateur, ce qui envoie valser l’arrière avec une aisance connue des seules propulsions. Bluffant ! Le mode d’emploie est enfantin et l’on prend vite un pied d’enfer à essayer d’entretenir de longues dérives avec une auto dont les précédentes générations étaient systématiquement taxées de sous-vireuses. Quel bonheur !

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Sourire béat après mes deux sessions de fumage de pneus, je remarque enfin le line-up réuni pour l’occasion par la marque, composé dune RS 2, d’une Ur Quattro et d’une authentique Sport Quattro E1 de rallye signée par des légendes comme Walter Röhrl et Michèle Mouton. Il n’en fallait pas plus pour me mettre dans l’ambiance !

Course de cote

Le retour à l’hôtel s’est fait au régulateur, en rongeant mon frein, mais ce n’était que pour mieux apprécier le petit cadeau concocté par Audi le lendemain matin. Après un petit-déjeuner léger, nous partons à l’aube vers un Mont Ventoux encore vierge de tout cyclistes et touristes, nous laissant tout loisir d’exploiter la compacte la plus énervée jamais sortie des usines d’Ingolstadt. Je passe en mode RS Performance, prend la main sur la boîte en activant le mode manuel via les palettes au volant et porte mon regard loin, très loin. Car le 5-cylindres pousse comme une furie !

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La violence avec laquelle je suis catapulté d’un virage à l’autre est bluffante pour une compacte et je m’émerveille devant la facilité avec laquelle la transmission gère le couple. L’effet de Torque Vectoring (accélération de la roue arrière extérieure en virage) transforme complètement le comportement de la RS 3, qui pivote avec une facilité dont seules les autos dotées de roues arrière directrices sont d’ordinaire capables. Sonorité magique -mais un peu étouffée, satanées normes antibruit…- du 5-cylindres aidant, il est beaucoup trop facile de se prendre pour un pilote de rallye dès que le bitume se met à tourner. Le tout dans une confiance absolue grâce une direction assez fidèle et directe, ainsi que des freins acier très costauds, qui ne manquent ni de mordant ni d’endurance (les céramiques sont dispensables).

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Tout juste faut-il faire attention à bien tenir le cerceau à cause d’un train avant qui a tendance à beaucoup suivre les aspérités de la route (merci les voies larges et le carrossage négatif), alors que le châssis durci vous chahute pas mal sur les bosses. Mais l’amortissement ultra ferme a ça de bien qu’il n’annihile pas tous les mouvements de caisse, permettant à l’Audi de se caler sur ses appuis en virage pour ne jamais perdre le grip. De quoi se sentir encore plus impliqué…

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En vérité ? C’est presque trop. Sans avoir les yeux rivés sur le compteur, on est en permanence au-dessus des limitations de vitesses et la RS 3 joue de son espièglerie en vous glissant gentiment à l’oreille que si vous l’osez, elle pourra passer encore plus vite à la prochaine courbe. A ce petit jeu dramatiquement addictif il faut savoir raison garder et au fur et à mesure que la cime du majestueux Ventoux se dégage, je lève le pied pour ne pas finir 500 m plus bas à la prochaine épingle.

Le dernier des mohicans

Quel bonheur de trouver, en 2021, une auto qui vous prend aux trips si vous l’emmenez sur un terrain qu’elle domine. Le tout alors qu’en appuyant sur une simple touche, elle redevient une berline anonyme (du moins de l’intérieur, les badauds étant souvent bouche bée sur son passage !) qui se fait oublier au quotidien. La nouvelle Audi RS 3 est de loin la plus aboutie qui soit et c’est un vrai coup de cœur de mon année automobile, pourtant riche de quelques pépites. Pour ne rien gâcher, il s’agit probablement de la dernière itération du mythique 5-cylindres en ligne Audi, qui n’a été plus puissant et féroce que dans des voitures de course. J’aimerais avoir la sensation d’être dans une auto plus exclusive à bord, je la voudrais gréée de vrais sièges baquets qui maintiennent plus efficacement tant les vitesses de passage en courbe peuvent être élevées et surtout j’espère que le ticket d’Euromillions que j’ai joué le jour où j’écris cet article est gagnant. Car à 69 300 € de base auxquels il faut ajouter un assassin malus français compris entre 19 641 et 23 616 €, on a vite fait de franchir la barre des 100 000 € avec quelques options. Mais globalement cette RS 3 fait tout ce qu’on lui demande avec un certain brio et elle n’a pas peur de le revendiquer avec une gueule à faire glapir un pitbull. J’en veux une !

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Merci à Nicolas de Mécanique Sportive pour son aide sur les images dynamiques.

Jalil Chaouite

Jalil Chaouite

Tant que ça roule, ça me plait... Ou presque. En tout cas je suis toujours curieux d'essayer tout ce que je peux, pour multiplier les points de comparaison. Je mentirais si je disais que je ne préfère pas une sportive à une banale citadine, mais je mets un point d'honneur à aborder chaque nouvel essai avec la même neutralité. Mes avis sont en général très tranchés, mais je ne suis jamais fermé à la discussion ! Bonne lecture :)

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