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Essai détaillé Kia Stinger GT : pour la beauté du geste

Kia est sans conteste parmi les marques les plus intéressantes de ces dernières années. De simple constructeur étranger bas de gamme, elle a opéré une véritable révolution qualitative avec l’ambition de s’implanter durablement en Europe. Des modèles comme la Ceed et le Sportage, spécifiquement adaptés à notre marché, se chargent d’assurer le gros des ventes, en compagnie de la petite Picanto et de la Rio. Mais il manquait quelque chose à Kia, quelque chose qui pourrait relever d’un coup l’image de marque, qui pourrait ancrer le blason coréen dans la tête du chaland. Et plutôt qu’une sportive, c’est vers une « berline-coupé » que la marque s’est tournée. J’ai passé presque trois semaines en sa compagnie, pour l’appréhender, la décortiquer et comprendre de quoi elle était faite. Voici donc un essai exhaustif de la grande Stinger, qui résume une utilisation quotidienne.

Extérieur : 7,5/10

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Kia le dit elle-même : « Ceci n’est pas une Kia ». Si le slogan affiché au Mondial de l’auto de Paris avait de quoi interpeller, il prend tout son sens quand on détaille la Stinger. De la plaque avant à la pointe du coffre, tout a été pensé pour inspirer confiance, puissance et discrète agressivité. Au bout de deux jours à peine j’ai arrêté de compter les sourires des connaisseurs, les pouces levés et les regards interrogateurs des badauds devant la belle. Avec 4,83 m de long pour 1,87 de large, la Stinger sait hypnotiser son monde, surtout dans la teinte Rouge Performance optionnelle qui équipait ma monture. On peut regretter les écopes d’air factices sur le capot, qui font un peu cheap, et les disgracieux catadioptres qui courent sur le haut des ailes arrière. En fouillant un peu sur internet, des petits malins ont d’ailleurs trouvé le moyen de remplacer ces bandes par des caches en métal peints ton caisse, qui s’intègrent bien mieux. En revanche, le travail des designers sur la face avant est à saluer, le tout mêlant habilement nervosité des traits et galbes prononcés. L’arrière profite quant à lui d’une très jolie signature lumineuse à LED, d’un diffuseur noir laqué et de quatre sorties d’échappement qui pour une fois sont bien réelles, quand la concurrence fait trop souvent appel à des canules en plastique pour maximiser l’impact visuel. Vous l’aurez compris, je préfère la simplicité de la Stinger, qui n’essaye pas de duper l’œil du spectateur. Le profil divise un peu plus, notamment à cause du montant arrière ultra imposant. C’est un peu chargé, à tel point que les jolies jantes de 19 pouces apparaissent presque petites dans les arches de roues.

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La Stinger en offre assez pour qu’on l’assimile directement à une berline haut de gamme allemande, ce qui était bien le but recherché. Pour ne pas tomber dans le clinquant, les chromes sont teintés de noir, cela participe à l’allure classieuse de l’ensemble. On retrouve quelques éléments de l’identité visuelle de la marque comme la calandre, mais le trait de la Stinger ne ressemble à rien d’autre de connu et c’est bien là qu’est sa force.

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Intérieur : 8/10

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Disons-le tout de suite : l’intérieur était ce qui me préoccupait le plus avant de prendre le volant de la Stinger. Quelques minutes à bord ont suffi pour dissiper mes craintes, cependant. La présentation générale est agréable, avec une console centrale imposante qui permet aux passagers avant de se sentir comme dans un cocon. La place est conséquente et les sièges offrent pléthore de réglages pour trouver la position de conduite parfaite. Que l’on préfère être assis très bas ou en hauteur, on s’y sent à l’aise. Mention spéciale pour le siège conducteur qui offre une fonction mémoire et qui permet de gonfler les cousins latéraux afin de s’adapter à tous les gabarits. Les matériaux employés sont de très bonne facture : cuir, aluminium brossé, similicuir soft touch… On ne trouve du plastique qu’en partie basse de l’habitacle et sur le cerclage du vilain écran de la planche de bord. Le choix de ne pas l’avoir intégré et de le laisser flottant façon tablette est totalement discutable, bien que sa position soit assez bien pensée pour un accès facile du siège conducteur comme passager. Au moins est-il réactif, rendant la navigation dans les menus aisée et intuitive. Le système d’infodivertissement offre tout ce que l’on est en droit d’attendre à ce niveau de gamme : GPS connecté, Bluetooth, Android Auto, CarPlay, radio numérique, il y a même un chargeur à induction disponible à côté des prises 12V et USB. Kia oblige, l’équipement de série comprend à peu près tout, du toit ouvrant à la climatisation automatique tri-zone en passant par les rétroviseurs dégivrants et rabattables électriquement, les sièges chauffants et ventilés et le volant chauffant. La sono signée Harman/Kardon est de très bonne facture, en offrant à la fois puissance et définition. Même combat en ce qui concerne les aides à la conduite plus qu’abondantes, au rang desquelles figurent un avertisseur d’angles morts, un régulateur de vitesse adaptatif avec système de maintien de la file, un affichage tête haute ainsi qu’une pratique caméra de recul à 360°.

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Les passagers arrière sont pour leur part un poil moins bien lotis en raison de la forme élancée du toit. La largeur et l’espace au jambes dont ils disposent sont plus que suffisants, mais les plus d’1m85 devront se tasser dans leur siège (chauffant, au demeurant), pour ne pas toucher le ciel de toit. La visibilité arrière en prend un coup également, les montants imposants (toujours eux) réduisant la vitre arrière à une simple meurtrière dans le rétroviseur. Enfin, le coffre dispose de 406 L, un chiffre honnête qui se traduit dans la réalité par une profondeur correcte mais une hauteur sous tablette insuffisante. Pour les chargements imposants, il faudra donc obligatoirement enlever la plage arrière. Le système d’ouverture automatique est par contre un vrai plus : il suffit de rester 4 s devant le coffre avec la clé en poche et ce dernier s’ouvre tout seul. Bien pratique quand on a les mains pleines !

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Moteur/boîte : 6,5/10

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Trois blocs sont disponibles en France sous le capot de la Stinger : un diesel 2.2 de 220 ch, un 4-cylindres essence 2.0 turbo de 245 ch et un V6 essence 3.3 biturbo de 370 ch. C’est bien évidemment ce dernier que j’ai choisi pour cet essai détaillé, afin de me faire une idée des capacités de motoriste de Kia. Avec 510 Nm de couple, il permet à la berline de franchir la barre des 100 km/h en moins de 5 s depuis l’arrêt complet. Une très belle performance qui se traduit en pratique par une poussée franche et vigoureuse qui plaque correctement dans le siège. Ce qui frappe avant tout c’est l’onctuosité dont le V6 fait preuve. Plus rond que rageur, il offre du punch à peu près à tous les régimes, sauf sur les derniers 500 trs/min (la zone rouge démarre à 6 500 trs/min) où la poussée s’essouffle un peu. En utilisation quotidienne c’est un pur régal, les dépassements n’étant qu’une simple formalité et l’extrême souplesse du bloc rendant son utilisation aussi agréable en ville que sur nationale ou voie rapide. Avec six cylindres sous le capot, je m’attendais à un joli ronronnement à chaque action du pied droit, mais j’ai été déçu de constater à quel point le bloc est aphone, surtout de l’extérieur où le souffle des turbos est prédominant. Un échappement sur mesure est indispensable pour le libérer de sa sonorité discrète et trop étouffée !

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Le moteur est secondé par une boîte automatique à 8 rapports dont j’ai été totalement surpris d’apprendre qu’elle a été conçue en interne par le groupe Hyundai. Surpris, parce que je n’ai quasiment rien à lui reprocher : elle est rapide dans ses passages, très douce en conduite coulée et gentiment perceptible quand le rythme augmente. Le seul gros problème la concernant est qu’elle ne laisse jamais totalement la main au conducteur. Quel que soit le mode de conduite choisi, elle fini toujours par reprendre la main en refusant de rétrograder ou en passant automatiquement une vitesse à l’approche du rupteur alors même qu’on la sollicite avec les palettes solidaires du volant. C’est un peu rageant en conduite sportive, où l’on finit par simplement laisser le mode Sport gérer tout seul la cadence. Ce qu’il fait de manière efficace, c’est au moins ça.

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Parce que le tableau était trop beau jusqu’ici, il fallait bien trouver un domaine dans lequel la Stinger GT est très mauvaise : la consommation. J’avais déjà eu des échos de certains confrères me disant que la coréenne était plutôt portée sur la boisson, mais je ne pensais pas relever de tels chiffres. Dans les faits, il est quasi impossible de descendre sous la barre des 10L/100 km, même en mode Eco. Jugez plutôt :

-Autoroute : 9,8 L/100 km, régulateur à 140 km/h, mode Eco (2 fois 600 km)
-Route : 10 L/100 km, mode Confort, conduite paisible (4 fois 100 km)
-Ville : 18,3 L/100 km, mode Confort, conduite paisible, sans bouchon (6 fois moins de 10 km)
-Conduite sportive : 25,4 L/100 km, modes Sport et Sport + (3 fois 30 km)
-Mixte (10 % ville, 45 % route, 45 % autoroute) : 10,1 L/100 km, mode Confort, conduite paisible. (230 km)
-Moyenne sur 3 semaines : 14,71 L/100 km

Des chiffres qui ne sont malheureusement pas si lointains de ceux d’une BMW M5 Competition dotée d’un V8 4.4 biturbo de 625 ch… Et qui deviennent rapidement problématiques quand le réservoir ne fait que 60 L. J’ai passé beaucoup trop de temps à la pompe !

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Châssis : 7,5/10

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La Stinger GT est fournie de série avec une suspension pilotée et une transmission intégrale. Cette dernière privilégie l’arrière à 80 % sur les modes Sport et Sport +, mais le comportement général se veut plus rassurant que joueur. Même avec l’ESP plus permissif du mode Sport +, il faut vraiment forcer la main de la Stinger pour la faire drifter. Un coup de gaz intempestif en plein virage aura par exemple pour effet de la faire sous-virer plutôt que survirer. Pour y parvenir, il faut un bon transfert de charge pour délester un peu l’arrière et y aller franco avec la pédale de droite. Ce qui en résulte vous vaudra quelques sueurs froides si vous n’y êtes pas préparés, tant le poids de l’auto se faire sentir et induit de l’inertie quand on la brusque. Les 1 909 kg à vide annoncés semblent un brin optimiste, je ne serais pas étonné de constater que la belle franchit les 2 tonnes sur la balance. Le comportement est de fait bien plus typé GT que réellement sportif, ce qui colle finalement parfaitement avec le caractère moteur et l’intérieur accueillant.

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Disposer d’une suspension pilotée est un vrai plus pour profiter d’une voiture multifonction, tantôt réellement confortable, tantôt plus sèche mais autrement rigoureuse. Les jantes de 19 pouces induisent fatalement quelques percussions sur les aspérités marquées quand le mode Sport est sélectionné, mais le mode Confort n’usurpe pas son appellation pour autant. Et ce, malgré le fait que mon exemplaire d’essai était doté de pneus neiges (de très efficaces Pirelli Sottozero) qui dégradent un peu la conduite tout en augmentant le niveau sonore.

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La direction m’est apparue assez précise, agréablement consistante, mais encore une fois je peste contre le manque de ressenti dans le volant. Cet espèce de sentiment de déconnexion désagréable invite à la retenue en conduite à rythme soutenu et demande un temps d’adaptation avant que l’on s’y fasse. Un problème qui disparaît en ville où l’on apprécie alors la douceur de la direction mais où un autre problème se révèle rapidement : le rayon de braquage est totalement catastrophique ! Cela m’a valu un petit moment de solitude quand j’ai dû manœuvrer bêtement devant des passants hilares pour m’engager dans une rue particulièrement serrée de la capitale.

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Je n’ai pas tellement pu juger le freinage de la Stinger, pourtant équipée solidement avec des Brembo 6/4 pistons et des disques de 350/340 mm, parce que l’exemplaire que j’avais a roulé plusieurs fois sur circuit. L’attaque à la pédale m’est apparue très molle, l’endurance n’était pas géniale, le tout n’inspirait pas tellement confiance. Les disques et plaquettes étaient pourtant en bon état mais je n’ai pas su si le liquide de frein a bouilli et n’a pas été remplacé avant qu’on me la prête. J’en mettrais ma main à couper tant le ressenti était mauvais.

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Conclusion : 7,4/10

Soyons honnêtes, il fut difficile de rendre les clés après plus de quinze jours passés avec la Stinger. Mon banquier ne l’entendait pas de cette oreille quand il a vu l’appétit de la coréenne pour le sans-plomb, mais il aurait peut-être réagi différemment s’il savait que la Kia Stinger GT est affichée 60 800 €. Vous allez me dire « oui, mais ça c’est le prix de base, sans option ». Ce à quoi je vous réponds que les seuls extras de ma monture sont la peinture à 750 € et le pédalier en alu à 189 €. Absolument tout le reste est de série. Je vous épargne le calcul, cela donne 61 739 €. Pour sa part, la concurrence réclame environ entre 5 000 et 15 000 € de plus (Audi S5 Sportback, BMW 440i Gran Coupé xDrive M Sport et dans une moindre mesure Mercedes C 43 AMG). Même en ajoutant le méchant malus de 10 500 € de la Kia, elle conserve son avantage financier puisqu’il faut obligatoirement piocher dans le catalogue d’option des allemandes pour obtenir un équipement aussi riche que la coréenne. Je vous accorde que les trois exemples cités plus haut sont un poil mieux finis, plus agiles et disposent de mécaniques un peu plus démonstratives. Mais qu’un constructeur généraliste totalement dans les choux en Europe il y a une dizaine d’année réussisse le tour de force de venir chatouiller les allemands sur leur terrain de prédilection, c’est à saluer. Chapeau bas, Kia. Vous avez plus que largement prouvé votre valeur.

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Un très grand merci à Alexis et Benoit, sans qui faire les photos n’aurait pas été possible. Merci également à Kia France pour le prêt longue durée.

Jalil Chaouite

Jalil Chaouite

Tant que ça roule, ça me plait... Ou presque. En tout cas je suis toujours curieux d'essayer tout ce que je peux, pour multiplier les points de comparaison. Je mentirais si je disais que je ne préfère pas une sportive à une banale citadine, mais je mets un point d'honneur à aborder chaque nouvel essai avec la même neutralité. Mes avis sont en général très tranchés, mais je ne suis jamais fermé à la discussion ! Bonne lecture :)

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