Essais

Honda S2000: Un voyage en zone rouge

« La valeur de la vie ne peut se mesurer que par le nombre de fois où l’on a éprouvé une passion ou une émotion profonde » ce fut la pensée de Soichiro Honda et l’on peut imaginer que les ingénieurs d’Honda s’en sont inspirés lors de la conception dans la Honda S2000. Une auto résolument tournée vers le plaisir.

(Re)Découverte

On trouve une filiation évidente dans la S2000 avec les Honda S600 et S800 qui étaient eux aussi des petits roadsters sportifs lancés dans les années 1960. Lorsqu’il fut question de présenter en 1998 une production pour célébrer les 50 ans de la marque, les dirigeants se sont alors tournés vers les premières voitures produites par la firme. C’est donc en toute logique que la S2000 est un roadster compact de deux places au moteur central avant. Comme sur ses aînées, on y trouve les mêmes proportions, une voiture basse, au long capot et à l’arrière court (4,13m de long, 1,70m de large et seulement 1,21m de haut). À l’avant, on y trouve une grande entrée d’air et deux petites entrées factices de chaque côté. Le petit logo Honda reprend le ton de la caisse. Les optiques avants à fond noir sont élancés et accueillent des projecteurs xénon, de ce fait vous trouverez sur le pare-chocs des laves phares peu gracieux. Le capot moteur est épaulé par les ailes qui appuient la nervosité de l’ensemble. De profil, cette S2000 est sans fioriture, on y trouve les seuls monogrammes désignant le modèle et des répétiteurs de clignotant orange sur les ailes avant. L’intégration des poignées de portes est joliment réussi car permet à celles-ci de se fondre dans la carrosserie. Les jantes 16 pouces à 5 branches de la phase 1 ne tranchent pas avec le reste. Pour finir, l’arrière est comme l’ensemble de la voiture, discret, seules les deux sorties d’échappement permettent à un œil avisé de comprendre qu’il s’agit d’une production au fort tempérament. La S2000 n’est pas clivante par son style.

Des lignes pures sans excès agressivité. 

Bonne présentation mais pas chaleureuse

Vous serez bien installé dans des sièges baquets en cuir perforé offrant un bon maintient. Les matériaux sont bien finis notamment de beaux plastiques moussés. Les commandes d’autoradio et de climatisation disposées de chaque côté du volant en cuir sont pratiques et agréables à prendre en main. Derrière ce volant, trône un compteur digital reprenant la typographie de la F1 McLaren MP4/8. Il permet une lisibilité parfaite de la vitesse et du régime moteur, pratique pour se concentrer sur le prochain virage. Le pommeau de vitesse en titane tombe bien sous la main et permet un maniement précis et rapide. Globalement, nous sommes bien installés pour enchaîner les tournants. Malgré cela, l’intérieur n’est exempt de défaut. Les sièges offrent peu de possibilités de réglages car ils ne bougent pas en hauteur, la remarque va de même pour le volant qui lui est fixe. Les grands gabarits pourront se sentir à l’étroit et ne seront que faiblement protégés par le court pare-brise. Bien que l’habitacle soit satisfaisant pour un usage de loisir du véhicule, mieux vaut réfléchir deux fois avant d’entreprendre un long voyage à son volant. En effet, la capote fine n’isole que peu du bruit et de la météo. Sur sa première version, la lunette arrière en plastique n’est pas du plus bel effet. Évidemment, le coffre vous oblige à voyager léger avec ses 160 litres. En équipement, vous serez doté d’une climatisation manuelle et d’un autoradio à cassette avec deux enceintes seulement (un chargeur 6CD était disponible en option). Au chapitre des défauts, on ne trouve pas d’horloge, ni de boîte à gants, ni la température d’huile qui peut s’avérer importante avec un moteur pointu et performant.

En montant à bord on se glisse dans un cockpit dédié au pilotage.


Les seuls rangements dans l’habitacle de la S2000 se trouvent entre les deux sièges.


Ce compteur avec la zone rouge à 9000 tours est un véritable pousse au crime.

Une mécanique rare

Honda nous avait déjà montré ses talents de motoriste avec les Civic et CRX VTEC, la supercar NSX et l’intégra Type R. Les deux dernières ont bouleversées la hiérarchie établie par leur caractère moteur et la S2000 ne déroge pas à cette règle. Honda a choisi un 4 cylindres qui, sur le papier, peut repousser. Cette motorisation est généralement vue comme ennuyante et peu noble face à un 6 cylindres. C’est en réalité tout l’inverse, ce 2.0 litres atmosphérique est une pièce d’orfèvrerie, 240ch à 8300 tours (250ch au japon) et une zone rouge à 9000 tours minutes. Soit 120ch au litre, un record ! Ferrari, de son côté, mettra 10 ans à le dépasser avec la 458 italia. Cette prouesse est réalisée grâce à un moteur complètement en aluminium, un traitement de culasse en molybdène ou encore un conduit d’admission poli à la main et surtout, le système VTEC qui bouleverse le comportement pour servir la performance. En ce qui concerne l’appétit de cette mécanique, il est plutôt raisonnable, en dessous des 10L/100km en usage mixte et jusqu’à 16L/100km en conduite sportive. Des qualités qui lui ont values le titre de « Engine of the year » de 2000 à 2003. Seul le couple de 208 nm hautement perché à 7300 tours minutes peut paraître pénalisant rendant ce bloc creux à bas régime.

Le F20C placé en position centrale avant.

Bonheur au volant

Le démarrage se fait grâce à un bouton rouge « Engine Start » qui se trouve sur le tableau de bord, le ton est donné. Le moteur se révèle discret au ralenti. Une fois sa position trouvée, on décapote pour profiter pleinement de ce cabriolet. L’opération automatisée se fait, à l’arrêt, en 7 secondes. En ville, la voiture se comporte de manière civilisée. Les suspensions fermes offrent un relatif confort. La voiture, bien que basse, ne frotte pas sur les ralentisseurs. Le moteur est rond et permet de rouler à bas régime sans vous secouer. Sur autoroute, la voiture se trouve moins à l’aise, en cabriolet vous serez exposé au vent et avec la capote repliée l’habitacle sera tout de même bruyant, bruit généré par le vent mais aussi le moteur qui se fait sonore puisqu’à 130km/h, celui-ci tourne à 4500 tours minutes. Assurément ce n’est pas son terrain de prédilection. Effectivement La S2000 est conçue pour un autre usage ; la conduite sportive. On apprécie le véhicule sur une route sinueuse ou encore mieux sur circuit. Vous serez flatté par un comportement précis, la direction se veut directe et la commande de boîte de vitesses est un régal à manier. Le châssis est bien équilibré avec une répartition des masses en 50/50 grâce à un moteur en position centrale avant et très rigide pour un cabriolet sans la rendre particulièrement lourde (1240kg). Celui-ci prend peu de roulis et offre une tenue de route remarquable. Concrètement, cela donne une voiture vive et maniable, qui a un train avant très précis surtout lorsqu’il est bien inscrit au freinage et suivi d’un arrière qui enroule. C’est un bonheur de la cravacher entre deux virages. Jusqu’à 6500 tours, le moteur se veut rond et volontaire, passé ce cap, c’est un autre monde. Il devient complément rageur. Le système VTEC, une fois enclenché, modifie totalement les performances et le son qui provient principalement de l’énorme admission. Plus on s’approche de la zone rouge à 9000 tours, plus elle en demande. Les 240 chevaux confèrent à cette voiture de belles performances avec un 0 à 100km/h effectué en 6,1 secondes et une vitesse de pointe annoncée à 248km/h. De quoi vous catapulter d’un virage à l’autre. Seuls les freins peuvent se montrer justes lors de freinages intenses et répétés. C’est dans ces conditions que la Honda S2000 prend tout son sens. Une auto qui confère un plaisir de conduite pur et rare comme en atteste son titre de sportive de l’année décerné par nos confrères du magazine L’Echappement en 1999. Cependant, attention, ce comportement sportif demande une certaine maîtrise et humilité à ses commandes. Le comportement peut se révéler piégeur surtout sur route humide puisque cette propulsion n’est pas tenue par un antipatinage et d’un contrôle de trajectoire. Seul un ABS est présent. La voiture met en confiance mais il faut garder ces éléments à l’esprit, de plus, la limite difficile à trouver et lorsque celle-ci arrive, ça va déjà très vite !

La S2000 est à son aise sur les routes du Vercors. 

En quittant son cockpit, nous constatons que nous avons ici à faire à une voiture tirant la quintessence d’une autre époque. La Honda S2000 est une auto rare et s’adresse à un public averti qui saura l’apprécier comme la véritable sportive qu’elle est. Ses petits défauts se feront vite oublier face à ses qualités dynamiques.

La S2000 est une voiture souvent encore plus optimisée par des propriétaires passionnés.

Évolutions

La S2000 a connu une carrière longue de 10 ans entre 1999 et 2009. Entre-temps elle a subi 3 évolutions majeures :

– En 2002, arrive la version dite « Phase 1.5 » qui se voit dotée d’une lunette arrière en verre dégivrante, d’une baie de pare-brise peinte couleur caisse, d’une console centrale recouverte de similicuir, d’un autoradio CD et de deux enceintes supplémentaires dans les portes. Concernant le moteur celui-ci voit arriver de nouveaux gicleurs d’huile.

– En 2004, la phase 2 est présentée : celle-ci à le droit à un restylage, les pare-chocs et les optiques avant et arrière sont revus, des jantes 17 pouces arrivent de série, le compteur est modifié. Elle subit également des modifications qui ont pour but d’assagir son comportement.

– En 2006 de nouvelles évolutions font naître ce qui sera qualifiée de « phase 2.5 » esthétiquement peu de choses diffèrent de la phase 2, deux nouveaux types de jantes 17 pouces arrivent au catalogue. Pour la première fois depuis 1999 la S2000 à un antipatinage baptisé VSA et le système audio est élargi avec l’apparition de tweeters dans les arceaux.

Paul-Emile

Paul-Emile

Passionné d'automobile au sens large, j'ai une préférence pour tout! J'écris en parallèle de mes études de science politique pour le bonheur de partager. Au plaisir sur les routes.

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