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Premier essai Peugeot 508 PSE : vivre avec son temps

Peugeot explore les limites de la technologie hybride rechargeable avec sa 508 Peugeot Sport Engineered, seul modèle à connotation sportive dans sa gamme à l’heure actuelle. Nous avons pu la prendre en mains au Mans, haut lieu du sport automobile où Peugeot y a brillé quelques fois.

On l’a longuement attendue cette 508 « sportive ». Des rumeurs, des teasers et un concept plus tard, la voilà désormais prête dans sa version de série. Le chaland n’y verrait peut-être là qu’un hasard du calendrier, mais que Peugeot choisisse le début de l’année 2021 pour la dévoiler au public est en fait un habile stratagème marketing. Il y a quelques mois, Peugeot annonçait son retour en championnat d’endurance (et donc au Mans) avec une hypercar hybride, qui s’alignera sur la grille de départ en 2022. Quoi de mieux que de présenter dans la foulée une berline hybride à vocation sportive, achetable par n’importe qui cette fois-ci ? C’est donc sur la mythique piste sarthoise que nous avons débarqué le temps d’une journée, histoire d’approcher la Lionne de près.

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Ce qui fait plaisir d’emblée, c’est de constater à quel point ce modèle de série est proche du concept présenté il y a maintenant deux ans. On retrouve les mêmes pare-chocs très travaillés avec des ailettes (aussi présentes sur les bas de caisse), les mêmes jantes et les mêmes accents vert fluo, une couleur que Peugeot appelle Kryptonite. Pour la sobriété on repassera, mais il n’y a pas de faute de goût possible dans les assortiments de teintes : seul du gris, du blanc et du noir sont disponibles pour la carrosserie.

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Reste que le look global est très réussi, en témoigne les nombreux regards admiratifs croisés lors de l’essai, même si l’on peut regretter que l’intérieur ne suive pas la même tendance. Ce dernier reste en effet identique à celui d’une 508 hybride classique, si l’on excepte les quelques badges PSE et une sellerie multi-matière très travaillée.

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Confort étonnant

Bonne nouvelle pour la position de conduite en revanche, toujours très bonne avec et avec des amplitudes de réglages assez importantes, pour peu que vous ne soyez pas allergique au fameux i-Cockpit et son petit volant rectangulaire qui peut venir cacher les compteurs suivant votre taille. De quoi apprécier, dès les premier tours de roue, une direction directe, rapide et précise, qui donne l’impression de faire corps avec la voiture.

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Malgré l’air belliqueux de la 508, c’est le confort de roulement qui étonne en premier lieu. La suspension pilotée s’y entend à merveille pour préserver les vertèbres, ce qui n’est pas la préoccupation première des jantes de 20 pouces qui induisent pas mal de percussions dans l’habitacle, heureusement correctement filtré et insonorisé. Sur route, on retrouve avec bonheur la précision qui caractérise la française, qui se montre équilibrée et plutôt incisive sur les changements de cap. Et s’il faudra rouler de façon bien déraisonnable pour en chercher les limites sur route, on les atteints en revanche vite sur circuit.

Lourd tribut

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Qui dit motorisation hybride dit batteries. Et qui dit batteries dit poids immanquablement élevé. 1 850 kg à vide pour la berline, pour être exact. Une tare qui se ressent immédiatement sur le mouillé, ce que nous avons pu vérifier vu les trombes d’eau tombées lors de l’essai. Saine dans ses réactions, la PSE n’est pas joueuse quand on ne la provoque pas. Un dosage des gaz un peu optimiste en sortie de virage et les freinages tardifs se solderont immanquablement par un sous-virage marqué, la Peugeot ne pouvant lutter contre sa masse qui la tire vers l’extérieur. Mais si on veut la rendre mobile, un levé de pied en appui saura faire valser l’arrière de manière plutôt progressive, le poids aidant. Là où la Française se montre impériale en revanche, c’est au niveau de la motricité, impressionnante en toute circonstance.

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C’est que la 508 PSE dispose de quatre roues motrices, grâce à un moteur électrique sur le train arrière. Un deuxième bloc électrique est logé à l’avant, accolé au thermique. La puissance combinée des trois moteurs atteint 360 ch, un chiffre difficilement perceptible sur les départs arrêtés. C’est comme si au décollage, la 508 limitait sa puissance, qui passerait pourtant facilement au sol avec la transmission intégrale. Une fois lancée, les reprises sont en revanche expéditives… Tant qu’il reste de la batterie.

Du fun à durée limitée

Car oui, comme toute hybride rechargeable, la 508 PSE est extrêmement dépendante de son niveau de charge pour délivrer tout son potentiel. Si quelques rapides tours du circuit Bugatti n’auront pas consommé plus d’une quinzaine de kilomètres d’autonomie électrique, il ne faudra pas s’attendre à faire une centaine de kilomètres sur route en profitant de toute la puissance disponible. Quand la batterie arrive à son seuil de charge minimum, il faut alors se contenter de rouler avec le seul bloc thermique, le bien connu 4-cylindres 1.6 Puretech ici en version 200 ch. Suffisant mais trop sage, il a fort à faire pour bouger les presque 2 tonnes de la 508 chargée de son conducteur et ses bagages, tandis que sa cylindrée modeste ne fait pas de miracles. Surtout, ce bloc essence est totalement dénué d’âme, ce que l’on doit autant aux montées en régime ultra linéaires et poussives en haut du compte tour qu’à la sonorité banale. Peugeot Sport aurait au moins pu travailler un peu le son à l’échappement histoire de faire illusion, au lieu de se contenter d’un pauvre bruit synthétique dans l’habitacle, avec un timbre faussement rauque.

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Certes, on peut compter sur la récupération d’énergie au freinage pour regagner un peu de boost électrique à la prochaine accélération. Mais l’effet ne dure que quelques secondes et à moins de forcer le bloc thermique à servir de générateur pour recharger la batterie de 11,5 kWh, ce qui impactera grandement la consommation, il faudra se contenter du thermique. Lequel est accolé, comme d’habitude, à la boîte automatique EAT8 qui n’est ni un modèle de douceur, ni la boîte la plus rapide/réactive du marché, loin s’en faut. De quoi filtrer encore un peu plus les sensations mécaniques.

Dynamisme 2.0

Notre prise en main était définitivement trop courte pour dresser un bilan complet de la 508 PSE, qui mérite bien un essai détaillé pour la découvrir en profondeur. Mais nous avons assez roulé avec pour comprendre que le blason Peugeot Sport Engineered qu’elle étrenne ne tient pas la comparaison face au logo GTi, du moins sur le plan des sensations. Prendre la 508 PSE pour une authentique sportive risque de faire quelques déçus, aussi mieux vaut se dire dès maintenant que son positionnement est plus celui d’un modèle dynamique et performant. Et qui permet au passage à Peugeot, c’est dans l’air du temps, de proposer un peu de puissance sans grever ses émissions globales de CO2. De quoi aller chatouiller les Volvo S60/V60 Polestar Engineered qui suivent peu ou prou la même recette, alors que le trio allemand ne propose pas encore, à l’heure actuelle, le même niveau de performance hybride rechargeable sur le segment D. A 67 100 € au bas mot (68 400 € pour le break SW, aux prestations identiques), Peugeot n’espère pas faire plus de 5 à 6 % du mix de toutes les 508 vendues en France avec la PSE. Elle devrait donc rester assez confidentielle et il n’est pas sûr que beaucoup de particuliers sautent le pas devant la somme à débourser, alors que les professionnels seront pour leur part ravis d’apprendre que la lionne électrifiée est exonéré de TVS à vie.

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Merci à Victor Desmet de Blog Moteur pour son aide sur les images dynamiques.

Jalil Chaouite

Jalil Chaouite

Tant que ça roule, ça me plait... Ou presque. En tout cas je suis toujours curieux d'essayer tout ce que je peux, pour multiplier les points de comparaison. Je mentirais si je disais que je ne préfère pas une sportive à une banale citadine, mais je mets un point d'honneur à aborder chaque nouvel essai avec la même neutralité. Mes avis sont en général très tranchés, mais je ne suis jamais fermé à la discussion ! Bonne lecture :)

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