Essais

Premier essai de la Toyota GR Yaris : délicieux anachronisme

A l’heure de l’électrification des gammes, Toyota est en très bonne posture puisque sur 22 modèles actuellement au catalogue, 13 dispose d’au moins une version hybride. Un bon score qui permet aussi au constructeur nippon de proposer l’une des autos les plus enthousiasmante de toute la production automobile actuelle : la GR Yaris.

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Quelques jours après avoir rendu la citadine blanche que vous avez sous les yeux, j’ai encore du mal à intégrer ce qui s’est vraiment passé. J’en attendais beaucoup de cette GR Yaris, mais j’étais loin de me douter qu’il s’agirait de l’une des meilleures voitures que je n’ai jamais conduites (j’en suis déjà à presque 50 modèles différents juste pour 2020, ce qui vous donne une idée du nombre total). Le concept est simple : faire le pont entre la Yaris de série et celle engagée en WRC, le championnat du monde des rallyes. Si à l’époque du groupe B, les constructeurs devaient avoir un modèle dans leur gamme très proche de la version de course, ce qui a donné lieu à des voitures exceptionnelles comme les Lancia Stratos et 037 Stradale, ou encore les Peugeot 205 T16 et Renault 5 Turbo, la réglementation actuelle ne l’oblige pas. Tout juste les voitures engagées en WRC doivent être vaguement basée sur un modèle de grande série, qui respecte quelques côtes et un chiffre minimal de production. En clair : Toyota n’était pas contraint de produire la GR Yaris en série.

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Le meilleur 3-cylindres du monde ?

Et pourtant, le constructeur a tenu à proposer une version bodybuildée de sa citadine, qui prend la forme d’une 3 portes au toit fuyant et aux ailes salement élargies. Et si le look est sans équivoque (il ne manquerait qu’un aileron en carbone démesuré pour se croire en présence d’une vraie voiture de course), il n’est pourtant pas outrancier. Tout l’inverse des performances délivrées par cette Yaris, qui sont d’un autre monde. Oubliez les chiffres de la fiche technique, le 0 à 100 km/h en 5,5 s et les 230 km/h en pointe, ils ne sont aucunement représentatifs des sensations délivrées par la petite Toyota. De même, savoir qu’elle est motorisée par un 3-cylindres turbo est loin d’être une déception. Déjà parce qu’il cube 1.6, qu’il délivre 261 ch et 360 Nm, mais surtout parce qu’il est d’une rare explosivité. Il se réveille vraiment vers 3 000 tr/min, explose à 5 000 puis devient vraiment rageur jusqu’à 7 000 tr/min. Quelle claque !

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La sensation de poussée est réelle, les bruits du turbo bien présents et l’on se croirait vraiment en présence d’un moteur bien plus puissant. Même l’inertie caractéristique des blocs 3 -cylindres n’est ici pas franchement gênante. Pour commander le tout, Toyota propose uniquement une boîte manuelle à 6 rapports, histoire que l’implication au volant soit totale.

4×4 sinon rien

La puissance passe au sol via une transmission intégrale baptisée GR-Four. Cette dernière s’y entend tellement bien que la motricité est franchement difficile à prendre en défaut. La Yaris sort comme une balle des virages et ses pneus lacèrent l’asphalte avec rage. Là où Toyota a fait très fort, c’est que la répartition du couple est paramétrable, en fonction du mode de conduite sélectionné. En Normal, 60 % du couple est envoyé à l’avant, et 40 % à l’arrière. La stabilité est de mise, la Yaris reste prévenante et un peu sous-vireuse quand on lui rentre dedans. En Sport, le rapport de force s’inverse et l’avant ne reçoit plus que 30 % du couple, ce qui laisse 70 % pour les roues arrière. Plus joueuse, la citadine est alors bien plus encline à pivoter à la remise des gaz, sans toutefois se montrer piégeuse. En mode Track enfin, le couple est équitablement réparti entre les essieux, avec un rapport 50/50. De quoi maximiser l’efficacité en toute circonstance, même sur des surfaces gras-mouillée qui ne pardonnent pas. Grâce à ces caractéristiques, la Japonaise est d’une versatilité incroyable, joueuse ou efficace à la demande, espiègle ou diablement rapide dès que la route se fait sinueuse. Franchement communicative, elle s’apprivoise en un rien de temps et l’on se surprend vite à passer à fond, partout, tout le temps.

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Je n’aime pas l’expression « piège à permis », utilisée à tort et à travers par la profession, mais pour le coup, elle colle à 100 % avec le tempérament de feu de cette GR Yaris. Tant que la route est droite, on se contient, mais à l’approche de la moindre courbe, on tombe instinctivement un ou deux rapports, on met gaz en grand, et c’est reparti pour un tour de manège. Loin des vitesses stratosphériques atteintes par les supercars, la Yaris distille un plaisir simple, propre aux authentiques voitures de sport. A son volant, on se sent comme aux commandes d’une auto préparée par les plus grands noms du milieu. Voir un badge HKS, JUN ou encore TOM’S sur la voiture ne m’aurait pas étonné une seule seconde…

Suspension bien calibrée

Je n’ai que très rarement connu pareil amusement et implication sur route. Peut-être en Abarth Biposto (mon tout premier essai !), mais l’Italienne ne peut que rêver d’avoir la même qualité d’amortissement que la Nippone. Très ferme à basse vitesse, la suspension de la GR Yaris se révèle au fur et à mesure que le rythme augmente. Dès que l’on charge un peu les appuis, la magie opère et l’efficacité générale devient bluffante. Toyota a fait le choix de ne pas annihiler totalement les mouvements de caisse, ce qui fait que la Yaris prend un peu de roulis et plonge légèrement sur les freinages très appuyés. Non seulement ce n’est pas dérangeant parce que le poids reste bien contenu (1 280 kg à vide) et que l’auto ne s’affaisse jamais de façon non maîtrisée, mais surtout cela permet aux roues d’être en permanence en contact avec le sol sans sauter inutilement sur les bosses, ce qui fait que le grip des pneus est rarement brisé. Si l’on y ajoute une direction directe, consistante et plutôt fidèle, on se retrouve avec une auto d’une grande homogénéité qui fait vite oublier tous les petits défauts qu’on pourrait lui reprocher.

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Le juste prix

Car la GR Yaris n’est pas parfaite non plus. Son plus gros point noir ? Probablement la commande boîte de vitesses. Le guidage est très précis, les débattements sont courts et elle verrouille bien, mais elle accroche encore un poil trop pour être ultra rapide sur les changements de rapports. On peut aussi noter une pédale d’accélérateur qui, si elle était positionnée un tout petit peu plus haut, faciliterait le talon-pointe au rétrogradage, un confort tout à fait relatif au quotidien ou encore un bruit bourdonnant envahissant à vitesse stabilisée. On parle ici de détails et de préférences personnelles, il n’y a donc pas de quoi bouder la Toyota, surtout au regard de son tarif absolument imbattable pour les prestations : 35 600 € avant malus, et 41 639 € en l’ajoutant (186 g/km de CO2, barème 2020). Il n’y a à ma connaissance aucune autre voiture neuve qui en donne autant pour ce prix, en associant à la fois plaisir incommensurable au volant, grosses performances, sentiment d’exclusivité et efficacité globale. Et vous voulez la meilleure ? La version que j’ai essayée était en finition Premium Pack, mais une Track Pack existe également (+ 2 000 €). Elle est notamment affublée de deux différentiels à glissement limité Torsen, un pour l’avant, l’autre pour l’arrière, histoire de maximiser encore l’efficacité de la transmission.

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Mais même en version « basique », la Toyota GR Yaris est une pépite, une sportive à l’ancienne, viscérale et impliquante. Oser sortir pareil engin est déjà un exploit en 2020, mais qu’il vienne en plus d’un constructeur généraliste qui met un point d’honneur à proposer beaucoup de modèles hybrides pour limiter un peu son impacte en CO2, c’est exceptionnel. Chapeau bas Toyota, je vous décerne sans mal mon plus beau coup de cœur de l’année.

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Un grand merci à Jean-Baptiste Trichot qui a bravé aube, trafic et températures pas très caliente pour m’épauler sur la séance photo.

Jalil Chaouite

Jalil Chaouite

Tant que ça roule, ça me plait... Ou presque. En tout cas je suis toujours curieux d'essayer tout ce que je peux, pour multiplier les points de comparaison. Je mentirais si je disais que je ne préfère pas une sportive à une banale citadine, mais je mets un point d'honneur à aborder chaque nouvel essai avec la même neutralité. Mes avis sont en général très tranchés, mais je ne suis jamais fermé à la discussion ! Bonne lecture :)

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