Comment le Boxster sauva Porsche de la faillite dans les années 1990

Comment le Boxster sauva Porsche de la faillite dans les années 1990

Porsche aujourd’hui, c’est une marque qui résonne dans l’esprit du public comme une réussite incontestable. A la fin des années 2000, on parlait souvent d’elle en grande pompe comme le « constructeur le plus rentable de l’automobile ». Elle continue d’année en année d’aligner des records de ventes en volume et en chiffre d’affaires avec une marge opérationnelle aux alentours des 17,5%. Impressionnant. Toutefois, ce que le grand public sait moins, c’est qu’à plusieurs reprises la marque a montré des signes de faiblesse. Elle n’est même pas passé loin de mettre la clé sous la porte au courant des années 1990, avec un catalogue réduit à la seule 911 type 993. La dernière Porsche refroidie par air ne s’écoula qu’à une moyenne de 15.000 exemplaires entre 1993 et 1997. A ce moment-là, c’est la crise, et Porsche doit son salut à un modèle que l’on connait bien : le Boxster.

La genèse du Boxster Concept

L’idée de base était de créer une Porsche accessible, en la forme d’un petit coupé-cabriolet, afin d’élargir la base clientèle. Différent de la 911, moins cher, tout en conservant l’architecture moteur propre à la marque, le modèle est présenté au public en 1993 sous forme d’un concept au salon de Détroit.  Présentation qui coïncide avec la commercialisation de la 993, qui va devoir soutenir le constructeur seule ou presque (avec l’arrêt prévu des 928 et 968), pendant au moins 3 ans. Largement inspiré de la 550 Spyder d’époque, le Boxster Concept dessiné par Harm Lagaay, surprend.

  

En 1993, l’intérieur du Boxster Concept impressionne. De nombreux éléments seront repris sur le modèle de série, même si les touches les plus extravagantes disparaîtront.

Pour l’anecdote, Boxster est la simple contraction entre Boxer, autrement dit l’architecture du moteur à plat, et Roadster. La face avant du concept est celle que l’on connaîtra sur le 986 définitif au moment de sa sortie officielle en 1996. En revanche, des modifications ont été apportées à l’arrière, ainsi que sur les ailes avec le positionnement des prises d’air latérales. On peut constater également l’ajout des arceaux derrière les appuie-têtes.

Rationalisation, rentabilisation et succès commercial

Le premier point important à retenir, c’est que le développement et la fabrication de ce nouveau modèle a redressé Porsche grâce à l’apprentissage de nouvelles méthodes de production. En embauchant des ingénieurs Toyota, le constructeur réussit à mieux rentabiliser son affaire en abaissant les coûts de production. Cela passe par du partage de pièces et de nouveaux process d’assemblage. Ces dernières caractéristiques prennent tout leur sens quand l’on voit les similarités entre le Boxster 986 et la 911 génération 996: de nombreuses parties de carrosserie sont communes, et surtout les intérieurs partagent une vaste majorité de pièces, équipements et outils. De quoi réussir une rentabilisation de ces deux modèles !

Ci-dessous, les deux clichés montrent l’intérieur de la première génération, en Boxster 2.5 puis en version S 3.2 qui s’équipe du volant à trois branches et d’un pommeau spécifique notamment.

  

Ensuite, le succès du nouveau Boxster est évidemment commercial. Avec un prix de base affiché équivalent à 42.000€ actuels, le coupé cabriolet trouve facilement une clientèle moins aisée que les prospects des 911, ce qui était exactement le but recherché. Porsche assoit d’ailleurs sa rentabilité avec une dotation de série véritablement maigre et donc une longue liste d’options souvent onéreuses. Pour situer, le saute-vent en plexiglas ou encore une simple climatisation étaient des options monnayées par la marque, tout comme les jantes 17 pouces sur le premier modèle. La finition à bord n’est en outre pas au niveau des productions habituelles de Porsche, même si très correcte, proposant moquettes, cuir et plastiques de qualité. L’assemblage en particulier est souvent pointé du doigt, ce qui sera corrigé plus tard avec la phase 2.

    

Mais malgré ces points négatifs, le Boxster dispose de moultes qualités qui expliquent les bons chiffres de ventes. Tout d’abord, il propose un flat 6 en position centrale développant 204 chevaux avec un poids contenu à environ 1300 kg. Ce qui promet un plaisir de conduite digne des ancêtres originelles qui ont inspiré le concept ! Toutefois, la puissance demeure un peu juste, notamment pour convaincre les puristes. Fin 1999, le 2.5 est remplacé par un 2.7 de 220 chevaux, et un modèle S vient chapeauter la gamme avec un 3.2 de 252 chevaux bien plus enthousiasmant, autant en performances qu’en sonorité. Le châssis et le freinage font en revanche l’unanimité. De plus, face aux concurrentes, le roadster Porsche possède l’avantage d’offrir deux coffres, le classique à l’avant pour les moteurs en position centrale, mais également un complémentaire à l’arrière, situé derrière le moteur.

L’intérieur de la Phase 2 progresse en qualité d’assemblage et de finition.

En 2002, Porsche procèdent au relifting du modèle, qui consiste en une revalorisation de l’intérieur et une mise à jour des moteurs. Le Boxster 2.7 est porté à 228 chevaux tandis que le 3.2 aboutit à 260 chevaux avec des valeurs de couple en progrès. Esthétiquement, elle se débarrasse des clignotants oranges en modernisant les feux avant et arrière. En 2003, le constructeur allemand produit même une version limitée en hommage au 50ème anniversaire de la 550 Spyder, édition très recherchée en occasion de nos jours. Au final, sur sa carrière, le Boxster 986 se sera écoulé à un joli total de 102.650 exemplaires, dont 45% en version S. Une performance qui aura contribué au redressement financier de la firme de Stuttgart, indéniablement.

Le Boxster : une volonté transformée en réussite pour Porsche

Mais c’est surtout l’élargissement de l’assiette de la clientèle, via une entrée de gamme à la fois prestigieuse et accessible, qui a rendu cela possible, en addition aux nouvelles méthodes d’industrialisation plus rentables. Le Boxster a été le premier modèle à bousculer l’élitisme du blason, même si le coupé-cabriolet reste une vraie Porsche dans l’esprit (toujours aujourd’hui?). S’en est suivie une ouverture au segment extrêmement profitable des SUV, avec le Cayenne. Mais qu’on ne me dise pas que c’est le Cayenne qui a sauvé Porsche, oh non. Le 4×4 Porsche a rendu le constructeur riche grâce à une colossale hausse des volumes et de la profitabilité. Le Cayenne a offert à Porsche d’immenses moyens de développement, sur ses modèles de série (911, Boxster, Cayman), sur des modèles d’élite (Carrera GT) et en compétition bien sûr. Il leur a aussi donné l’expérience de s’engouffrer dans toutes les catégories où la firme pouvait dégager d’immenses bénéfices grâce au prestige du blason, d’où la naissance des Panamera et Macan ensuite. Mais je n’en démordrai pas, le petit Boxster a sauvé les plumes de Porsche !