Quelques semaines après avoir conclu une alliance avec GM, le lion aurait-il l’occasion de faire son come-back sur le marché américain ? Parti depuis 1991 après plusieurs échecs commerciaux cuisants, cet accord pourrait bien lui rouvrir les portes de l’Amérique.

Un ordre de l’état

Tout débute en 1957 lorsque l’état français qui se trouve dans une situation économique délicate, cherche des recettes supplémentaires pour soulager ses déficits publics. Et pour y remédier le ministre de finances fait appel aux constructeurs automobile.

la peugeot 403 vue de l'avant

Durant ses 11 années de carrière (1955 - 1966), l'élégante Peugeot 403 trouva 1,2 million d'acquéreurs

Il leur impose d’augmenter leurs exportations sous peine de pénaliser le monde automobile (augmentation du prix de l’essence, de la carte grise, de la TVA sur les automobiles, etc…). Le constructeur franc-comtois est alors convoqué à l’Elysée en mars 1957. Le ministère lui demande d’exporter quelques 12 000 voitures avant le 31 mars 1958,

N’ayant pas beaucoup le choix, Peugeot s’interroge sur la stratégie à adopter, tenter de les vendre sur des marchés où le lion est déjà présent ou alors en conquérir un nouveau ? Et pourquoi pas essayer les Etats-Unis ? Alors que le retard s’accumule au fil des mois, le ministère conseille Peugeot de prendre contact avec Renault qui est présent en Amérique. Acceptant d’aider son concurrent hexagonal, la régie Renault s’occupera de presque tout, du transport, des frais de douanes, de la distribution moyennant 20$ par auto.

De son côté, Peugeot crée sa filiale New York Peugeot Incorporated qui s’occupera, elle, de l’après-vente et de la publicité. Pendant ce temps-là, les ingénieurs de Sochaux s’activent pour mettre au point la version US de la 403 en lui apportant les modifications indispensables pour répondre à la législation américaine.

la 403 decapotable

La 403 cabriolet est un modèle particulièrement rare puisque seulement 2 043 unités ont été produites

En mars 1958, 7 500 véhicules sont envoyés et curieusement de plus en plus d’Américains sont séduits par cette 403. Vendu 2 200$, les ventes passent de 1 500 à 2 200 voitures par mois soit 10% de la production de Sochaux. Avec l’arrivée de la 404 et de son cabriolet, Peugeot Inc. espèrent vendre 15 000 exemplaires par an.

La 505 seul succès du lion

Pourtant, du côté de la direction on ne s’emballe pas, à contrario des doutes subsistent quant à la pérennité des ventes. Un pressentiment qui se révèlera être exact. Le retournement du marché est spectaculaire, du jour au lendemain les ventes s’étiolent obligeant la direction de faire rapatrier (au frais de Renault) près de deux milles 403 sur un stock de 5000 voitures.

la peugeot 505 vue l'avant

La Peugeot 505 semblait bien frêle dans les rues de New York, devant un immense break Ford. Peinte en jaune comme il se doit, la 505 Taxi se distinguait par sa taille, son carburant, le gazole, et sa consommation moindre

Après des ventes en demi-teinte pour la Peugeot 404 (20 000 exemplaires en dix ans),le constructeur sochalien poursuit tout de même l’aventure avec la nouvelle Peugeot 504. Une carrière honorable (environ 80 000 exemplaires vendus)  essentiellement dû à sa motorisation diesel (en pleine crise pétrolière, les américains se tourneront vers le diesel). Un prototype 504 coupé sport destiné exclusivement pour le marché américain sera même réalisé mais, faute de moyen le constructeur ne donnera pas suite au projet.

Après une trop confidentielle 304 et 604, Peugeot lance sa nouvelle 505 sur le marché américain. Après une mise aux normes obligatoire pour intégrer le marché (de gros pare-choc absorbeur de choc, pot catalysé, pare-brise collé, des barres de renforts latéraux dans les portières ainsi qu’un troisième feu stop), le constructeur sochalien répond  à un appel d’offre et, décroche le marché des taxis new yorkais. Un joli coup de pub pour ces 505 Diesel Yellow Cabs qui sillonneront les routes de New York, un atout publicitaire qui permettra d’écouler 15 000 exemplaires pendant l’année 1982. Même les intellos branchés de la Côte Est seront conquis par le break.

l'arriere de la 505 taxi

Le taxi 505 reprenait les spécifités de la 505 vendue aux Etats-Unis, adoptant par exemple des feux arrière inclinés et les pare-chocs plus volumineux. La berline perdait un peu d'élégance par rapport à la version européenne

Des débuts prometteurs qui malheureusement ne dureront pas du fait de son prix trop élevé et des normes anti-pollution devenant de plus en plus strictes. Toutefois, Peugeot ayant la dent dure, renouvelle en septembre 1988 l’expérience avec la 405. Une expérience qui tournera rapidement au désastre malgré les efforts consentis par le constructeur en termes d’équipements et de prix. Sur cet échec, Peugeot quitte définitivement les Etats-Unis en 1991.

L’alliance ratée avec Chrysler

Le partenariat initié à la fin des années 70 avec Chrysler se soldera lui aussi par un échec. Tout d’abord sa filiale Europe (Talbot) racheté par Peugeot fera faillite, puis l’élaboration d’une petite voiture conçu par Peugeot, fabriqué et vendu au Etats-Unis sous la marque Chrysler ne verra pas le jour.

Des divergences en terme de coût de fabrication (malgré l’apport de 100 millions de dollars par Peugeot) , peu rentable au goût de l’Américain fera capoter le projet au profit de… Mitsubishi. Souhaitons à Peugeot que cette fois-ci son aventure américaine ne se solde pas par un échec.