Sur le marché automobile actuel, Tesla est un constructeur bien à part. Tout d’abord parce-qu’il a moins de 20 ans d’existence et seulement 10 de recul en termes de production d’automobiles. Pourtant, durant cette décennie, l’américain a marqué les esprits et – il faut bien le dire – commencé à chambouler le marché avec sa grande initiative électrique, notamment avec une certaine berline appelée la Model S. Lorsque l’on se décide à mettre les pieds dans l’univers Tesla, comme Abcmoteur vient de le faire pour la première fois, on se rend rapidement compte qu’au vu de l’évolution forcée de l’automobile vers l’électrique, le constructeur dispose d’une longueur d’avance. D’autant que ses produits ne sont pas dénués de qualités, et que le monde Tesla fidélise ses clients jusqu’au point de non-retour. Seraient-ils alors dans le vrai ?

Je vous invite dans cet article à découvrir les lignes fortes qui ressortent de mon essai de la Model S 100D, la berline haut-de-gamme 100% électrique de Tesla.

La vidéo de l’essai

Pour les peureux de la lecture ou pour ceux qui veulent compléter notre article par quelques images, nous vous avons concocté une vidéo de notre périple en Model S !


 

Pensée différemment, dès sa conception

A savoir que la Tesla Model S est la première voiture contemporaine à avoir été entièrement conçue comme un véhicule électrique. Une nette différence avec les véhicules créés thermiques puis électrifiés. L’approche du constructeur américain est radicalement différente d’un fabricant classique, et pourrait se résumer ainsi : une voiture Tesla est l’association d’un hardware et d’un software, à la manière d’un ordinateur.

La Model S, une voiture évolutive

C’est donc d’incroyables avantages en termes de mises à jour qu’autorise une Model S. Les évolutions logicielles développées par les ingénieurs de la marque – en lien direct avec les remontées client – sont apportées à n’importe quel moment aux véhicules qui sont tout simplement reliés à Internet en permanence (abonnement payé par Tesla). Ainsi, une Model S sortie des usines en 2012 continue de recevoir des améliorations incrémentales en permanence, tant qu’elles sont tolérées par le hardware.

Ainsi, les évolutions de hardware sont rares. Elles correspondent à des modifications au niveau de la carrosserie et de l’habitacle. Exemple, la Model S présente depuis octobre 2016 une carrosserie revue intégrant de nouvelles caméras et des capteurs différents, autorisant des avancées logicielles concernant la conduite semi-autonome et à l’avenir – quand elle sera disponible officiellement – la véritable conduite autonome (l’option est déjà « achetable » au catalogue).

Voici la moins discrète des caméras de la Model S. C’est dire l’intégration réussie de celles-ci.

Une superbe berline haut de gamme

Un design toujours dans le coup

Sortie en 2012, la berline Tesla n’a que peu évolué stylistiquement depuis. La calandre a disparu à l’avant et le toit est devenu complètement panoramique. Les 8 caméras, ultra discrètes, ont donc été intégrées en 2016. Pour le reste, le regard vif reste le même et la ligne paraît intemporelle. Avec notre configuration composée de ce rouge multicouches et de jantes de 21 pouces, c’est peu de dire qu’elle attire les regards… Pourtant ce n’est pas son bruit qui fait tourner la tête des gens dans sa direction !

Un équipement complet et une technologie aff(ri)olante

De série, une Model S dispose déjà de tout le bagage high-tech qu’inspirent l’écran derrière le volant et cette immense tablette verticale, maîtresse des commandes à bord. Ainsi, connexion internet fournie avec abonnement Spotify premium inclus pour la musique, navigation avec rendu 3D, éclairage LED full automatique, Tesla Autopilot (j’y reviens dans la section suivante), freinage automatique d’urgence ou encore détection d’obstacles dans les angles morts, sont compris. Je souligne que cette grande tablette centrale est orientée côté conducteur, ce qui est à la fois bien pensé pour ce dernier, mais en revanche peu pratique si votre passager ou passagère souhaite pianoter.

Une application Tesla vous permet d’appairer votre smartphone à la voiture. Tout ou presque devient contrôlable depuis celui-ci (et de n’importe où tant que téléphone et voiture disposent d’une connexion réseau), de l’ouverture centralisée à la recharge, en passant par la ventilation – chauffage et climatisation – ou le klaxon. Les moins technophiles crieront « gadget ! » mais quand on s’y habitue, certaines fonctionnalités deviennent rapidement utiles, voire indispensables.

L’utilisation du smartphone pour surveiller et gérer les charges est hyper pratique et intuitive.

Pour votre confort, l’intérieur tout cuir avec sièges avant chauffants et électriques à mémoire promet une excellente assise. Vous pouvez moduler luminosité et température à votre guise dans les menus de la Model S. Notre modèle d’essai dispose en outre du pack Premium ajoutant système audio haut de gamme, l’intégralité des sièges chauffants ainsi que le fameux filtre à air HEPA permettant la défense contre les armes biologiques, rien que ça. Le toit ouvrant et les inserts de couleur carbone complètent notre monture. Par rapport à la précédente mouture, la configuration standard s’est enrichie et la liste d’options s’est amoindrie grâce à ce système de packs très simple à configurer. Les finitions sont très bonnes, sans non plus inquiéter la top qualité des grandes berlines allemandes.

Une habitabilité à la hauteur de sa taille

Une Tesla Model S mesurant presque 5 mètres de long et profitant de l’absence d’un volumineux moteur thermique, elle jouit d’une excellente habitabilité. Conducteur et passagers disposent d’un espace plus que suffisant, même à 5 ; le coffre dispose d’un imposant volume de chargement de 750 litres, sachant que la banquette est rabattable afin de profiter d’encore plus de place ; un coffre d’appoint vous attend à l’avant, permettant de loger encore quelques affaires. A bord, plusieurs rangements et porte-gobelets sont présents bien que plus ou moins pratiques (on y perd vite un iPhone ou un ticket de parking dans les recoins !). Bon, pour l’iPhone, il suffit de le poser sur son dock de chargement, mea culpa.

La Model S à conduire : un agrément époustouflant

Du silence…

C’est évidemment la première chose que l’on remarque à bord d’une Tesla. Après avoir enfin décelé si le moteur était en route, la première pression sur l’accélérateur offre une mise en branle dans un calme de cathédrale. Jusqu’à 50 km/h, l’insonorisation est bluffante et offre un agrément juste inégalable. Au-delà cette vitesse, seuls l’air et les pneus viennent apporter du bruit ambiant, mais l’avantage face aux limousines premium se réduit alors.

En ville, l’agrément de notre berline Tesla est imbattable.

… et des performances

En revanche, le silence ne veut pas dire que votre Model S n’est pas performante. Loin de là, la berline pesant tout de même 2,3 tonnes se meut à un rythme impressionnant lorsque l’on écrase la pédale de droite. La réactivité de l’électrique est imbattable, et les 422 chevaux offrent des reprises fulgurantes. Le 0 à 100 km/h est d’ailleurs abattu en seulement 4,3 secondes.

Les vives accélérations s’accompagnent d’un souffle caractéristique rappelant au choix, soit le TGV soit un vaisseau spatial. L’ambiance n’est pas celle d’un V8 ou d’un V12 et pourtant, on y prend du plaisir. Attention alors à l’autonomie !

L’impressionnant pic correspond à l’explosion de ma consommation d’énergie sur quelques hectomètres de conduite sportive.

Un comportement exemplaire, avec des limites

Notre Model S 100D dispose de la transmission intégrale, identifiable par le D de son nom (pour Dual Motor). En résultent une motricité sans faille et une tenue de route excellente pour une berline de ce poids. La seule faiblesse que l’on pourrait soulever est le freinage, sur qui incombe la responsabilité de stopper les plus de 2 tonnes de la Model S, ce qui peut s’avérer litigieux en conduite très dynamique. Les liaisons au sol font d’ailleurs entendre leurs limites ! Existe alors la P100D (P pour Performance) qui en plus de moteurs plus puissants s’adjoint les services de freins plus imposants et endurants. Après tout, la 100D excelle par philosophie en autonomie, et n’est pas une sportive !

Un confort préservé malgré la configuration

En plus de l’agrément de conduite, j’ai trouvé la position de conduite et l’assise très convaincantes. Par ailleurs, les suspensions à air – réglables en hauteur à tout moment et mémorisant le réglage sélectionné sur les routes empruntées – contribuent au confort de roulage en absorbant à merveille les imperfections de la chaussée. C’est étonnant lorsque l’on considère que notre modèle d’essai est chaussé de jantes de 21 pouces.

  

De l’aide à la manoeuvre

Avec un beau bébé de quasiment 5 mètres, pas toujours évident de se faufiler ou de se garer. La batterie de capteurs autour du véhicule vous guide alors en analysant la distance qui sépare la voiture de ses obstacles, avec une précision au centimètre. A l’arrière, la caméra de recul (activable à tout moment, même en roulant) complète l’attirail. La Model S dispose enfin d’un stationnement automatisé qui prend les commandes de votre créneau ou rangement en bataille une fois son environnement bien analysé. Un grand gabarit bien domesticable !

Manoeuvrer en pleine nuit ? Pas de panique, la Model S vous guide avec une précision diabolique.

L’Autopilot : conduite semi-autonome

Nous avons bien sûr testé le fameux Autopilot sur notre Model S. Il est l’association de deux composantes complémentaires : un régulateur adaptatif, dont la distance de sécurité est modifiable (sur une échelle de 1 à 7) et qui fonctionne jusqu’à l’arrêt du véhicule ; et un maintien de voie qui centre la position de la Model S entre les lignes détectées et autorise un changement de voie avec le simple actionnement du clignotant.

Le système n’est pas une conduite autonome, contrairement à la croyance populaire. Les mains doivent rester sur le volant et le conducteur reste responsable de la voiture. Mais il fonctionne à merveille et l’on prend rapidement confiance. Seul l’assistant au changement de voie m’a posé quelques difficultés : impossible de l’activer sur 2x2 voies lors de mon essai (je n’ai réussi à m’en servir que sur autoroute en 3x3 voies) et attention aux coups de volant lorsque la voiture décide inopinément de revenir sur sa voie d’origine. La cause serait à chercher du côté d’un clignotant retiré trop tôt : la Model S choisira toujours la sécurité, quitte à surprendre avec un freinage soudain !

Comme nombre de fonctions disponibles sur cette automobile à la pointe, l’Autopilot nécessite un apprentissage et un temps d’adaptation avant d’être maîtrisé. Il n’en reste pas moins un outil formidable qui fut en avance sur son temps. Désormais, la concurrence allemande s’est nettement rapprochée.

L’autonomie de la Model S 100D et son utilisation quotidienne

Voilà le principal challenge que posait mon essai sur trois jours : lever les appréhensions quant à l’autonomie et l’usage quotidien d’une voiture électrique. Même si la Tesla Model S dispose d’un train d’avance sur toute la concurrence à ce sujet, mes préjugés restaient profondément ancrés en moi et se sont rapidement manifestés par un stress à l’idée de tomber en panne. Verdict ?

Prendre confiance

La Model S 100D dispose des batteries à plus grande capacité de la gamme. Elle offre ainsi une autonomie hypothétique de 632 km (en cycle NEDC), ce qui est impressionnant pour une grande berline de 2.3 tonnes. Et à l’usage, avec les conditions météorologiques favorables qui ont été les nôtres, j’ai été surpris de constater que c’était possible. Sur réseau secondaire avec un peu d’urbain, sans abuser des capacités d’accélération de la Model S, il est tout à fait envisageable de rouler 600 km sur une seule charge. Notre Tesla ne rougit pas face à l’autonomie d’une grande berline à essence, clairement… Evidemment, sur autoroute, la consommation d’énergie s’accroît et réduit l’autonomie, mais cela reste impressionnant : comptez 400km à 130 km/h sans abuser sur la climatisation. Aujourd’hui, c’est bien au-delà de ce que peut proposer la concurrence.

La Model S estime l’autonomie restante en se basant sur votre consommation des 10, 20 ou 50 derniers km. L’exactitude des prévisions est tout simplement bluffante.

Cette autonomie, mariée à l’habileté de l’auto de vous informer en temps réel de la distance que vous pouvez encore parcourir (en prenant compte votre comportement de consommation sur les 10, 20 ou 50 derniers km), permet de rapidement faire confiance à sa Tesla. Autant qu’on fait confiance à une thermique ! De plus, la localisation des Superchargers est inclue dans le GPS afin de les situer ou d’y aller en deux clics. Et puis, on apprend à connaître sa monture afin de jauger les trajets.

S’adapter et changer ses habitudes

En somme, la seule vraie contrainte d’une Tesla Model S, c’est le temps de charge. On ne peut faire le plein en 5 minutes comme à la station essence. Cependant, pour un rayonnement « normal » autour de votre domicile, la charge nocturne à domicile ou diurne sur votre lieu de travail vous permet sans problème d’assumer les trajets de tous les jours.

Pour ce qui est des longs trajets, il est question de changer ses habitudes et de s’adapter au système des Superchargers. Disséminés sur les grands axes et dans les grandes villes françaises, ils permettent une recharge ultra-rapide en un temps réduit : comptez entre 20 et 30 minutes de recharge pour vos 300 prochains kilomètres. En s’autorisant de petits détours avec une pause d’une demi-heure tous les 250 à 300 kilomètres, les grands trajets deviennent possibles et même confortables. « La pause s’impose » devient une seconde nature et le confort général de la Model S vous permettra d’enchaîner les distances sans aucune fatigue.

Certaines zones manquent de Superchargers, nous l’avons constaté lors de notre périple en Normandie. Il existe toutefois un réseau secondaire de chargeurs de moindre intensité qui autorisent des recharges d’appoint rapides ou complètes en plusieurs heures. Ces bornes sont installées chez des partenaires professionnels qui en font l’usage qu’ils veulent (réservées au client, payantes ou non…). Et puis, tant qu’il y a du courant autour de vous, il y a une possibilité de recharger votre Tesla ! Blague à part, le simple apprentissage du bon usage de la voiture suffira à éviter les pannes, au vu des capacités des batteries et de la qualité de l’information en temps réel donnée par la Model S.

En bref, l’univers Tesla répond déjà aux besoins et aux contraintes de la mobilité électrique, et leur adaptation est rapide, comme leurs investissements. Sur ce sujet des points de charges, notamment hyper-rapides, le constructeur dispose tout simplement de 5 ans d’avance sur toute la concurrence. Avec l’arrivée de la Model 3, c’est une option non-négligeable.

Des économies à la clé !

Si votre situation quotidienne vous permet les recharges fréquentes nécessaires à un rayonnement relativement modeste, alors une Model S devient économiquement une vraie alternative de choix face à ses concurrentes premium. Effectivement, une recharge à domicile complète vous en coûtera au grand maximum 10 euros (sans tenir compte des heures creuses ou d’autres dispositifs de baisse du coût), à relativiser face aux dizaines d’euros d’un plein de gazole ou de sans-plomb. N’oubliez pas de prendre en compte que si vous achetez une Tesla Model S ou X en étant parrainé par un propriétaire (ce qui est la grande majorité des cas), la supercharge vous est offerte à vie. En outre, les avantages fiscaux (pour particuliers comme pour professionnels) sont nombreuses et contribuent à faire baisser la note globale, peu imputée par les coûts d’entretien et la très faible décote (évolutivité oblige) des modèles.

La résultante c’est qu’en coût annuel, une Tesla Model S revient moins chère qu’une limousine allemande premium similaire ; en regardant les choses d’une autre perspective, elle devient également le moyen de se surclasser au même prix face à un coupé fastback ou une grande berline haut de gamme…

La riche configuration de notre 100D réclame pas moins de 125 000 euros. Ou alors un peu moins de 1500€/mois.

Donc certes, le budget de base n’est pas à la portée de tous. Notre modèle d’essai très bien équipé vous en demandera par exemple 125 000 euros. L’entrée de gamme de la Model S, la 75D, débute juste sous les 80 000 euros. Mais dans cette fourchette de budgets, elle offre une alternative attractive et différente, porteuse de sens écologique si vous êtes un fervent défenseur de la cause électrique dans l’automobile.

En 2017, l’éolien ne représentait que 4,5% de la production d’électricité en France. La vocation écologique à acheter une Tesla grandirait sans doute si les énergies renouvelables étaient plus contributrices.

Un cap peut-être encore difficile à franchir, mais dont on ne revient pas

Mon mot de la fin pourrait être celui d’un des propriétaires de Model S rencontrés sur cet essai. Il assure que rouler en Tesla est une décision sur laquelle il ne reviendra jamais. L’univers de la marque, le service client et les prestations du véhicule sont à la hauteur de leur réputation. De plus, parmi l’offre en voitures électriques aujourd’hui, la Model S surclasse toute la concurrence en autonomie !

Et qu’est-ce qu’une Tesla Model S pourrait envier à ses rivales thermiques, à l’exception de détails de finition moins irréprochables ? Pas grand-chose, au final. Le son d’une motorisation noble, un soupçon de dynamisme en conduite très appuyée, peut-être… Encore que pour la vie de tous les jours, c’est-à-dire aller travailler, chercher son pain et partir en vacances, on se passe facilement d’un bruit de moteur envahissant et d’un châssis tortionnaire. Ces derniers sont à garder pour la sortie plaisir occasionnelle ou l’usage circuit de ceux qui en sont passionnés !

Depuis que je roule en Tesla, je ne me vois plus revenir en arrière. Et même pour une autre marque, je ne changerais pas.

Un propriétaire de Model S 90D

La voiture électrique : la vraie voie d’avenir ?

Pour conclure, je me suis laissé convaincre par Tesla. Ce modèle de consommation de la mobilité qui m’angoissait, voire me déplaisait, m’est enfin paru vivable et même agréable avec cette Model S 100D. Le maillage du territoire que poursuit le constructeur offre de la liberté et de la réassurance. Et ce dans toute l’Europe ! Le penchant, c’est que pour l’instant Tesla apporte une réponse certes viable, avec des voitures véritablement pertinentes, mais au positionnement premium inaccessible pour une majorité.

Pertinente, oui. Meilleure que les autres électriques, oui. Mais une grande berline premium a un prix.

Nous attendons donc de pied ferme la plus accessible Tesla Model 3, ainsi que les avancées de la concurrence sur l’autonomie et le réseau de charge afin de juger de deux choses. D’abord, l’adaptabilité de ce système au plus grand nombre et sur tout le territoire, mais aussi et surtout la faisabilité et la viabilité d’une électrisation de masse du parc automobile, ce dont je doute pour l’instant toujours.