Le segment des berlines compactes premium ne manque pas d’intérêt. Auparavant trusté par Audi, rejoints dans les années 2000 par BMW, il a connu un fort développement grâce à une offre en plein essor. On pense notamment à la Lexus CT200h, au renouvellement judicieux de la Classe A chez Mercedes ou à la montée progressive en gamme de certains constructeurs, Volvo, Mini ou DS par exemple. Depuis 2016, on compte une nouvelle recrue venue tout droit du Japon, de la patte d’un constructeur relativement méconnu du grand public : l’Infiniti Q30. Bâtie sur une base de Mercedes Classe A, elle en reprend de nombreux éléments, comme certains moteurs d’origine allemande et des composants intérieurs. Toutefois, elle s’en différencie grandement en termes de design et de philosophie, comptant d’ailleurs bien lui faire de l’ombre sur le marché ! Tout comme aux autres compactes premium allemandes. Nous avons décidé d’en prendre le volant afin de voir ce qu’il en est : la Q30 peut-elle inquiéter la concurrence ?

Design extérieur : une réussite !

De prime abord, l’Infiniti Q30 se distingue nettement de ses adversaires. Elle paraît en effet au premier coup d’œil plus haut perchée que ses rivales, et ce n’est pas qu’une impression ! Sa poupe notamment lui confère de faux-airs de crossover.

Elle reprend à son compte les codes esthétiques de la marque. Avec des nervures marquées (capot, montants de portières et portières), une face avant composée d’un regard perçant et d’une calandre béante typique, ainsi qu’un ¾ arrière original et percutant, la Q30 impose son style. Regardez ne serait-ce que le dessin de la custode : superbe ! Pour moi, elle est bien plus agréable à regarder qu’une A3 ou même qu’une Classe A (2012-2018). Les goûts et les couleurs toutefois…

Dans cette finition Sport et le City Black (facturé 3800 euros), elle s’habille de jantes bi-ton spécifiques de 19 pouces. Elles ne paraissent pas si grandes, et pourtant ! C’est là qu’on constate que notre Q30 est tout de même relativement haute sur pattes.  Le pack d’équipement City Black intègre en outre les rétroviseurs argent ainsi que les vitres teintées à l’arrière pour ce qui est de l’extérieur. La peinture « Graphite Shadow » est quant à elle facturée 950€.

A l’intérieur : l’art de faire du neuf avec du vieux

Des petits airs de Merc… chut !

Globalement, l’intérieur de cette Infiniti Q30 est de bonne qualité. La planche de bord, joliment dessinée, se pare de matériaux assez nobles. Sur notre niveau de finition, les surpiqûres bleues/violettes font bel effet avec les éléments argent (utilisés avec parcimonie) et les touches de noir laqué. La finition m’est parue bonne, même en parties basses qui accueillent des plastiques de moins bonne facture.

On ne peut s’empêcher de remarquer les éléments communs avec une certaine Classe A : volant similaire, commandes de feux et de climatisation identiques, boutons et commodos partagés… La liste est longue et le propriétaire d’une compacte Mercedes ne sera pas perdu à bord d’une Q30 !

Equipements et confort : le nécessaire et un peu plus

La dotation de notre modèle Q30S est riche. Navigation GPS avec écran tactile et molette, connectivité Bluetooth, régulateur (reprenant la dénomination Mercedes de « tempomat ») et limiteur de vitesse, climatisation automatique bizone, feux et essuie-glaces automatiques ou encore système keyless sont de la partie. Côté aides à la conduite, la caméra de recul se marie à la vision panoramique à 360° (très utile pour les créneaux tant la visibilité arrière est limitée) pour le stationnement ; on retrouve également freinage automatique d’urgence et un avertisseur de franchissement de ligne. Pour le confort, les sièges simili-cuir et suede inclus dans City Black sont chauffants et notre modèle d’essai bénéficie de l’audio Bose (800€).

La liste de packs et d’options paraît finalement assez longue, premium oblige, mais notre configuration propose tout juste ce qu’une automobile premium se doit d’afficher, avec quelques petits bonus. Ne nous plaignons pas, c’est plus que suffisant pour un quotidien serein !

Infotainment : la Q30 en retard

Je mets en avant tout de même un point négatif sur notre Infiniti Q30 : son système d’infotainment est dépassé. Il fait figure de bon système d’il y a quelques années, avec une ergonomie toutefois peu intuitive. On s’y fait et l’ensemble est fonctionnel ; les boutons et commandes de la console centrale, « à l’ancienne », font en particulier très bien le job. Mais nous sommes à bord d’une premium en 2018, et la concurrence fait mieux (voir la nouvelle Mercedes Classe A comme exemple). Où est la simplicité de navigation ou encore la connectivité Apple et Android ? Ces points sont d’après la marque bien identifiés, et une version améliorée du soft embarqué est dans les tuyaux. La gamme en a besoin ! A suivre donc.

Habitabilité : un bon point

L’Infiniti Q30 est une bonne élève du segment en termes d’habitabilité. Bon volume de coffre, un bel espace pour les passagers à l’arrière et un habitacle globalement pratique et bien pensé. Elle fait notamment bien mieux que la BMW Série 1 (que nous avions essayée en 2015 pour son restylage).

Une philosophie routière axée sur le confort pour l’Infiniti Q30

Clairement, le positionnement donné à la Q30 est le confort plutôt que la sportivité. La position de conduite est relativement haute – presque trop pour moi qui mesure quasiment 1m90 – en lien avec l’apparence haut perchée de l’auto et l’amplitude un poil limitée des réglages volant et assise. Le maintien des sièges est en revanche très bon. En ville comme sur route, la douceur est de mise.

Un confort indéniable, toutefois dégradé par la configuration

Notre modèle d’essai, une Q30S 2.2d, bénéficie d’un amortissement typé sport, donc plus ferme. En sus, la monte en 19 pouces réduit quelque peu le confort de roulage même si l’ensemble reste très satisfaisant. Les aspérités de la route sont bien gommées et l’amortissement général est bien travaillé. Je suis persuadé qu’une Q30 au châssis standard offrira un confort irréprochable sur route.

Le S signifie que nous sommes en présence d’un modèle Sport. Même sur notre Q30 équipée d’un 2.2 diesel, les suspensions sont donc affermies; le confort en pâtit légèrement, surtout en jantes de 19 pouces. L’ensemble reste très satisfaisant.

La boîte automatique à 7 rapports est agréable en conduite apaisée ; elle réagit assez vite en cas de relance appuyée. Les passages de rapport sont perceptibles mais rapides et doux. La direction, ferme juste ce qu’il faut, ainsi que le châssis, sont rassurants. La tenue de route paraît saine et malgré la hauteur de la Q30, je n’ai constaté aucun roulis.

Pour ce qui est du moteur, je dois avouer que je n’ai pas été entièrement convaincu. Le premier défaut de ce bloc d’origine Mercedes est son bruit : dès que l’on passe les 2500 tours, il devient très sonore dans l’habitacle. De plus, il manque clairement de raffinement, même pour un diesel. J’exagère à peine en disant qu’il m’a rappelé le Mercedes Sprinter dont j’ai disposé pour déménager… En outre, même si les reprises étaient convaincantes et largement suffisantes en ville comme sur route, j’ai peiné à y trouver ses 170 chevaux. La faute probablement à une balance affichant tout de même 1,6 tonne à vide. L’intérêt des 4 roues motrices en sachant le poids que représente le système ? En dehors d’habiter une région sujette aux conditions climatiques difficiles, je ne vois pas…

 

Si vous recherchez d’avantage l’agrément que les économies de carburant, je ne peux que vous conseiller de vous tourner vers une motorisation essence. En quête de sportivité ? Le 2.0 turbo de 211 chevaux se mariera bien mieux avec la suspension sport et justifiera plus aisément la transmission intégrale.

Basses consommations

L’avantage d’avoir un moteur désagréable dans les tours, c’est que l’on roule plus facilement à bas régimes. Et cela met le bloc dans les meilleures conditions pour faire émerger sa plus grande qualité : sa frugalité. En effet, pour un 2.2L de 170 chevaux, j’ai aisément réussi à afficher une moyenne de 5.4L/100 km sur l’ensemble de mon essai (majorité de secondaire, pas d’autoroute). La seule situation vraiment supérieure aux données affichées fut la ville, avec des bouchons, où ma moyenne s’est envolée jusqu’à 9L/100 sur le parcours. En secondaire, nous avons affaire à un chameau : si vous enchaînez les kilomètres, ce bloc vous ravira sur ce point.

Il n’y a qu’en ville dans les bouchons que nous avons vu la consommation s’envoler à 9L/100. Sur route, le bloc fait preuve de frugalité.

Pas donnée !

Au prix catalogue, notre Q30S 2.2d 4WD, équipée de sa peinture métallisée, du système Bose et du pack City Black, s’échange pour la bagatelle de 46 030 euros. Intéressant de noter qu’en passant quelques minutes sur le configurateur du site Infiniti, la note diminue de presque 5000 euros avec une Q30 similaire sans les 4 roues motrices. En optant pour un pack Luxe en lieu et place de la finition Sport, on obtient une configuration plus axée « confort » pour une addition encore légèrement inférieure, ce que je conseille fermement en motorisation diesel !

En comparaison à la concurrence, la Q30 n’a pas à rougir de son positionnement. Compte tenu du fait qu’elle nous prive d’un véritable toit ouvrant face à une Classe A équivalente (il n’est que panoramique), et que la qualité des finitions soit légèrement en deça des rivales allemandes (notamment l’A3 Sportback), son placement prix plus avantageux paraît cohérent. En revanche, attention à la décote plus importante du fait de la renommée limitée de la marque Infiniti à l’heure actuelle.

Conclusion : une configuration qui ne m’a pas convaincu, mais une Q30 intéressante à plus d’un titre

Finalement, je pense que la configuration dont j’ai hérité n’est pas le bon compromis pour cette Infiniti Q30 qui ne manque pas de qualités. Ce bloc sonore et roturier amoche selon moi l’agrément de l’auto, qui doit être bien meilleur avec une motorisation au sans plomb. Le seul intérêt devenant la frugalité et le confort lorsque l’on ne force pas sur l’accélérateur, alors la finition Sport équipée n’est pas vraiment cohérente car elle aussi dégrade (de façon plus modérée bien sûr) le confort de roulage et donc l’agrément général.

Pour les gros rouleurs ou les flottes, je conseille donc une finition autre que Sport ou Sport Tech, afin de profiter au maximum du très bon confort de la Q30. La motorisation 1.5d d’origine Renault peut également se montrer suffisante, bénéficiant d’une sonorité bien moins envahissante. Pour les particuliers utilisant leur voiture pour le petit quotidien et quelques grands trajets (la règle des 20 000km pouvant faire foi), je ne peux que vous conseiller d’opter pour une motorisation essence qui favorisera la douceur et le plaisir de conduite. Evidemment, la finition Sport deviendra alors pertinente avec le 2.0 turbo de 211 chevaux si vous vous autorisez une conduite plus dynamique, le confort restant globalement plus qu’acceptable au quotidien.

Infiniti présente une belle copie avec sa Q30. Reste un immense déficit de notoriété à combler pour espérer rivaliser avec les allemandes.

Hormis via son système d’infotainment vieillissant, la compacte Infiniti sait flatter conducteur et passagers, surtout lorsque l’on a le budget pour s’attaquer aux options. Sans être au niveau des allemandes sur tous les points, la Q30 se rapproche des standards du segment, proposant même un confort général au top et une habitabilité supérieure à ses rivales. Elle s’attaque à ce marché disputé avec une opportunité majeure et une menace à éliminer. La chance de cette Infiniti, c’est son exotisme avec un look attirant, totalement différenciant sur le marché ; la menace, c’est le manque de notoriété de la marque, qui risque d’amener quelques potentiels clients à ne pas pardonner ses petits défauts aussi aisément que si elle affichait quatre anneaux, une étoile ou une hélice sur son volant.