Initialement prévue le 16 mai, la réunion du Conseil national de la sécurité routière (CNSR) s’est finalement tenue le lundi 16 juin dernier afin d’esquiver la période électorale. Favorable à une baisse généralisée de 90 à 80 km/h des limitations de vitesse sur le réseau secondaire bidirectionnel dépourvu de séparateur central, ce comité s’est vu couper l’herbe sous le pied par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve qui s’est prononcé sur le sujet en amont.

Objectif : calmer le jeu

Beaucoup plus calmement que Manuel Valls qui tapait du poing sur la table en début d’année en annonçant passer la moitié des départements à 80 km/h pour la mi-2014, Bernard Cazeneuve souhaite y aller plus calmement en commençant par « expérimenter » et en prenant « le temps de la pédagogie ».

Pour cela, les personnes concernées par le dossier feront le point avec les préfets afin de cibler les départementales les plus accidentogènes. Le but étant de montrer l’efficacité de la mesure… mais surtout de détendre les Français fermement opposés à ce projet qui sont majoritaires (plus de 75 %, source Ifop). La grogne ne faisant que de monter aux quatre coins de l’Hexagone, le gouvernement n’avait que d’autre choix que de temporiser.

On peut donc alors se demander quel est le véritable visage de cette manoeuvre ?

Une « expérimentation » ?

Si vous vous souvenez encore des paroles de Nicolas Sarkozy en 2003 lorsque les premiers radars automatiques étaient installés sur les routes de notre cher pays, vous avez avalé comme bon nombre d’entre nous qu’il ne s’agissait que d’une « expérimentation ».

Un peu plus de dix ans plus tard, la même escroquerie est utilisée ! Non, les 80 km/h ne seront pas généralisés à la France entière, mais seulement expérimentés sur quelques portions… Qui peut encore croire à ce mensonge plus gros qu’une 4×4 voies ??

Comme à chaque fois, la vitesse, les statistiques et les études seront tournées dans le bon sens pour appuyer l’action de la sécurité routière ! Etant donné que le nombre de morts diminue depuis maintenant 40 ans, nos gouvernants ne prennent pas un trop gros risque que d’affirmer à l’avance que les axes amputés de 10 km/h seront moins accidentogènes, quand bien même le passage aux 80 km/h n’aura rien changé, ce bénéfice leur sera quand même attribué !

Toujours rien sur la première cause de mortalité !

Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est que à l’issue de cette déclaration du ministre de l’Intérieur et du CNSR, rien n’a été évoqué sur la première cause de mortalité sur la route : l’alcool. Alors qu’en 2003 on nous expliquait que les forces de l’ordre auparavant employées pour les jumelles « seront redéployés vers d’autres types de contrôles, comme l’alcoolémie, le port de la ceinture de sécurité ou l’utilisation du téléphone au volant« , le nombre de conducteurs au-dessus du seuil légal ou sous l’emprise de stupéfiants n’est pas à la baisse, bien au contraire…

Bref, la première préoccupation de nos politiques est bien toujours notre sécurité la rentabilité des radars, le reste n’étant qu’accessoire ou prétexte…

Les réactions des opposants et la suite…

Certains ont crié victoire tel que « 40 millions d’automobilistes » suite aux propos de M. Cazeneuve, mais ce serait oublier que une expérimentation est tout de même prévue !

Certes, le combat (ré-information, lobbying, manifestation, …) a porté ses fruits, mais comme bien souvent la bataille est plus longue que ce que l’on croit. Ainsi, malgré l’accalmie, il serait une grosse erreur que d’estimer que la partie est gagnée !

Christiane Bayard, secrétaire générale de la Ligue de défense des conducteurs (LDC), ne tombe pas dans le panneau et doute de la sincérité des paroles entendues…

Elle y ajoute un argument mettant à l’eau tout le projet du CNSR et prouvant bien que c’est le 80 km/h pour tous qui se profile : « Il existe déjà, pour les préfectures, la possibilité de diminuer la vitesse sur des tronçons dangereux et cela ne nécessite pas d’expérimentation. […] Nous ne voyons donc pas l’intérêt d’une expérimentation, si ce n’est celui de faire entrer la baisse généralisée des limitations de vitesse par la petite porte… et, au passage, de rentabiliser toujours plus les radars, justement censés être installés dans ces fameuses zones dangereuses. » Dans ce domaine, l’exemple du périphérique parisien transformé en jackpot est parlant !

Par conséquent, la mobilisation ne s’arrête pas et continue. Du côté de la Fédération française des motards en colère (FFMC), on « dénonce cette politique uniquement basée sur la vitesse et son contrôle ». Nul doute que d’autres mouvements de contestation seront organisés par le suite, l’objectif étant qu’aucune expérimentation ait lieu, autrement le mécanisme est enclenché et il devient trop tard pour agir…