Fin décembre, Porsche confirmait, non sans fierté, l’arrivée dans sa gamme d’ici la fin de la décennie d’une berline 100 % électrique. Ce véhicule s’inspirera du concept Mission E, découvert au Salon de Francfort.

Lors du show allemand, le cousin Audi dévoilait de son côté l’étude de style e-tron quattro. Fait rare, la marque germanique n’a pas joué de la langue de bois, fixant une date de commercialisation pour 2018.

L’électrique séduit le haut de gamme

Et la liste des constructeurs de luxe qui révèlent plus ou moins officiellement leur intérêt pour l’électrique ne cesse de s’allonger. Aston Martin et Bentley y pensent sérieusement, Jaguar développe actuellement un crossover branché… Alors que l’on pensait la voiture électrique au point mort, c’est par le haut de gamme qu’elle fait son grand retour médiatique.

Porsche Mission E dynamique-2

Les constructeurs de véhicules luxueux y ont plusieurs intérêts. Tout d’abord, c’est bon pour l’image. Le fait de les voir largement communiquer sur des véhicules en cours de développement le prouve. Ensuite, ils ont besoin d’un modèle zéro émission pour faire baisser la moyenne des rejets de CO2 de leur gamme. Et cela ne nuit pas à leur image sportive, car les performances des engins électrifiés sont comparables à celles des équivalents thermiques, voire les surpassent.

Tesla, roi légitime

Enfin, plus simplement, il n’y a pas de fumée sans feu : il y a un marché, une demande. Et c’est un tout petit constructeur qui le prouve, et en est quasiment à l’origine. Au même titre que dans l’esprit du grand public Toyota = hybride, Tesla est le symbole du premium électrique.

Né il y a 13 ans, Tesla s’est d’abord fait connaître avec le Roadster, vite devenu populaire grâce à des conducteurs célèbres, tel Leonardo Di Caprio. Commercialisé en 2008, sa production s’est arrêtée quatre ans plus tard pour laisser la place à l’actuel porte-drapeau de Tesla, la routière Model S. Celle-ci a été rejoint il y a quelques semaines par son dérivé SUV, le Model X.

Tesla-Model-X

Et la firme californienne enchaîne, puisqu’elle présentera jeudi une nouvelle berline, plus petite, la Model 3. Celle-ci sera logiquement plus abordable, et Tesla compte même casser les prix à l’échelle de l’électrique. Son tarif de l’autre côté de l’Atlantique devrait être sous la barre des 40.000 $.

Finances fragiles

En 2015, avec la Model S et les premières livraisons du Model X aux USA, Tesla a réussi à vendre un peu plus de 50.000 autos. C’est mieux que Maserati, qui propose pourtant deux berlines sur les marchés clés, et c’est un quart des ventes de Porsche.

Quand on sait que l’Allemand réalise deux tiers de ses ventes avec ses 4×4 Macan et Cayenne, on prend alors conscience de l’impact que peut avoir Tesla. D’autant que le prix moyen d’un véhicule de la firme américaine n’a rien à envier à celui d’une Porsche. Seule différence, ô combien importante : le germanique est hyper-rentable tandis que Tesla perd encore beaucoup d’argent sur chaque véhicule vendu. Nombre de ses détracteurs estiment d’ailleurs que Tesla est surcoté et pourrait disparaître aussi vite qu’il est apparu.

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Mais l’emblématique patron de Tesla, Elon Musk, a annoncé que les premiers bénéfices seraient engrangés dès cette année. L’élargissement de la gamme devrait faire baisser les coûts de production. Et le constructeur a encore au moins deux années de tranquillité avant l’arrivée des premiers concurrents les plus dangereux.

Des Allemands outsiders !

Face à la concurrence, Tesla n’aura pas à rougir car il aura trois arguments clés : l’expérience, la légitimité et une image en béton. Tesla est un peu l’Apple de l’automobile, avec un fan club et des clients prêts à y mettre le prix pour rouler différent. Il va d’ailleurs lancer les réservations pour la Model 3 alors que les livraisons ne commenceront pas avant fin 2017. Et tout indique que cela va fonctionner !

model s rouge

Lorsqu’Audi et Porsche débarqueront sur le marché, Tesla aura un gros vivier de clients, qui pourrait même exploser dans les mois à venir grâce à la clientèle professionnelle. La Model S devient la coqueluche des chefs d’entreprise, des taxis et des VTC.

Tesla, c’est donc l’histoire d’un petit constructeur tout jeune qui bouscule les gros du premium et les fait réagir. Une fois n’est pas coutume, ce sont ces derniers qui seront les outsiders. Un exploit quand on regarde le nombre de labels haut de gamme qui n’arrivent pas à ralentir la croissance des Allemands, comme Infiniti ou Lexus.

Crédit photo de couverture : Steve Jurvetson