Dimanche matin, sur TF1, l’émission Automoto diffusera un sujet consacré à la S8 Plus, qui comme son nom l’indique est encore plus musclée que la S8, avec 605 ch au lieu de 520. La séquence a été tournée dans un cadre particulier : la base aérienne de Mont de Marsan (Landes), d’où décolle la majorité des avions de chasse français.

La firme aux anneaux a emmené les journalistes dans ce lieu pour réaliser un test bien précis : franchir la barre des 300 km/h sur la piste de la base. A n’en pas douter, les spectateurs les plus fidèles et avertis apprécieront… pendant que d’autres désapprouveront. Il y aura aussi ceux qui répèteront devant leur petit écran l’incontournable « à quoi ça sert, en France on ne peut pas rouler à plus de 130 », oubliant que les circuits existent et que n’ont pas encore disparu les portions libres en Allemagne.

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Heureusement, pour les passionnés que nous sommes, ce genre de séquence est encore autorisée à la télévision française. Et c’est presque avec surprise que j’en fais le constat, dans un pays où les décideurs politiques semblent effrayés par la vue d’une pédale d’accélérateur.

Chez nous, il est déjà interdit de faire à la TV de la publicité pour une automobile en faisant référence à ses performances ou en vantant trop ouvertement ses capacités à faire quelques cabrioles. Lorsque la mortalité routière est en hausse, les intervenants anti-voitures ont toujours le même coupable : la vitesse.

Me voilà donc étonné : ces personnes ne s’en sont pas encore prises à ce type de reportage où il est purement question de vitesse. Certains l’ont peut-être fait, mais leurs revendications sont pour l’instant restées discrètes.

Mon constat fait suite à un autre débat qui agite actuellement la France : la diffusion d’une émission sur Internet où il est question de cuisiner éméché. Sans surprise, les associations de lutte contre l’alcoolisme se sont fâchées, les réseaux sociaux se sont enflammés et le Ministère de la Santé a fini par s’en mêler.

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L’argument principal est le suivant : la boisson y est présentée de façon sympathique, ce qui inciterait les jeunes à consommer. Il est vrai que les ados avaient besoin d’entendre parler de cette émission pour s’enivrer plus que de raison et trouver (fort malheureusement bien sûr) cela cool.

J’en reviens donc à mon Audi où il est au final question d’une situation tout aussi dangereuse et interdite que l’alcool lorsqu’elle intervient sur route ouverte : la très haute vitesse. Le reportage d’Automoto est évidemment tourné dans des conditions de sécurité optimale, comme toujours avec ce type de sujet diffusé depuis des lustres (et c’est bien indiqué à l’écran). Je peux d’ailleurs en témoigner car j’ai participé à cet essai pour un autre média.

Et je ne doute pas que les téléspectateurs feront la distinction entre un test organisé dans un cadre bien précis et la réalité de la circulation, et ne chercheront pas à faire une pointe de vitesse dans la foulée pour acheter le pain avant que la boulangerie ne ferme, grisés par ce qu’ils viennent de voir.

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Loin de moi l’idée de vanter les mérites de la vitesse, d’autant qu’elle ne résume pas le plaisir automobile, ou d’encourager la consommation de boissons. L’alcoolisme est évidemment un fléau, surtout quand il est mêlé à la conduite. Mais la distinction entre ce que l’on regarde sur un écran et ce que l’on fait, ceux qui sont vent debout contre les fameuses « Recettes pompettes » ne la font pas.

Combien de jours avant de voir ce profil de personnes s’attaquer à nos émissions télévisées consacrées à l’automobile, appréciées des jeunes téléspectateurs ? Dans une époque où l’on a l’indignation facile et où le politiquement correct l’emporte, il suffit qu’un individu s’insurge face aux fameux drag-race de Top Gear, que sa voix commence à agiter les réseaux sociaux… et finisse par convaincre des politiques qui n’ont que la vitesse en tête lorsqu’il est question de sécurité routière de s’en mêler en demandant l’intervention du CSA. Avec à la clé une aseptisation de nos programmes.