Qu’il n’est pas simple de prendre la plume, ou plutôt le clavier, pour évoquer la sécurité routière, et plus précisément relater un vif agacement. Le risque de tomber dans l’argumentaire « repas de famille » est grand.

Vous savez, ce moment à table où le sujet apparaît lorsque untel a vu un glaçant accident relaté dans le journal ou, pire, un méchant gendarme caché derrière un arbre. Chacun a son avis sur la question, avec un sens de la mesure relatif (le bon vin étant passé par là).

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Difficile donc de partager ici un ressenti sur la chose sans moi-même avoir l’impression d’être entre le fromage et le dessert. Le sujet est vite explosif avec la possibilité de heurter ceux qui ont malheureusement été confrontés à un drame de la route. Je ne cherche pas à me dédouaner d’avance et je me doute que tout mon jugement pourrait changer si mon tour venait.

La mortalité routière, si nous n’y sommes pas tous confrontés, bien heureusement, on en entend tous régulièrement parler, pour une raison très simple : elle fait l’objet de statistiques mensuelles, relayées inlassablement par les médias traditionnels.

C’est fou cette tradition. Une fois par mois, les quotidiens et JT nous informent du nombre précis de morts sur le réseau routier. Je commence déjà par me demander pourquoi ne pas en faire autant avec d’autres causes de décès. L’alcoolisme, les accidents domestiques ? Ces chiffres existent peut-être déjà mais ils se font discrets alors.

Il serait trop facile de relier cela à la manne financière que cela peut représenter. Une hausse du nombre de morts sur les routes en trop, c’est la promesse d’un nouvel arsenal répressif basé sur des PV. La hausse de décès à cause d’une prise électrique mal posée, cela ne peut malheureusement rien apporter aux caisses de l’Etat en terme de sanction. Mince, là je suis pile dans la démagogie repas de famille (« un petit café ? »).

panneau radar automatique 70 km-h

Il y a tout de même un bon côté à la médiatisation des chiffres, elle permet de garder en tête le danger que représente le volant. D’une manière similaire, nombreux sont ceux qui regardent avec intérêt les articles de la presse locale consacrés aux accidents qui ont eu lieu à coté de chez eux. S’il y a un aspect voyeurisme malsain, cela leur rappelle que sur ces routes qu’ils connaissent pourtant bien, il faut savoir rester vigilant.

Le plus énervant pour moi, j’y viens enfin, se situe sur un point précis des statistiques : la prise en compte des décès de véritables inconscients, ayant un grand mépris envers le code de la route, des bombes à retardement sur quatre roues. On pense à ceux qui finissent dans un fossé avec plusieurs grammes d’alcool dans le sang ou ces accidents avec des jeunes roulant à une centaine de km/h en ville.

Le problème est que ces drames sont causés par des conducteurs qui n’en ont rien à faire des règles déjà existantes mais sont au final « utilisés » comme de tristes exemples macabres par les anti-voitures qui réclament au gouvernement un nouveau tour de vis, avec notamment une baisse des limitations de vitesse.. J’ai à l’esprit Chantal Perrichon, tête de turc préférée de ceux qui aiment rouler, mais elle n’est pas seule.

J’ai envie de lui demander à madame Perrichon : pensez-vous que ces dangers publics auraient eu un comportement amélioré en sachant que la vitesse maxi n’est plus de 90 mais 80 ? Bien sûr que non. C’est un fait établi : dans l’immense majorité des cas, un accident a une origine humaine. Quand une personne part tout droit dans un virage à la campagne, que la route soit limitée à 80 ou 90, cela ne changera rien. Il fallait juste adapter son allure aux conditions, ce que l’auto-école nous apprend.

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Personnellement, je suis loin d’être un conducteur parfait. Je sais très bien qu’une seconde d’inattention à cause de ma radio pourrait m’être fatale, ou être moi-même victime d’une sortie de route à cause d’une conduite mal adaptée. Mais voilà, de la même manière que j’étais en rogne quand le prof de math punissait toute la classe pour deux qui bavardaient au fond, j’en ai marre de voir la répression s’accentuer suite à des agissements d’irresponsables, qui eux ne changeront jamais.

Les différentes campagnes de prévention de plus en plus choquantes n’y font rien. Lorsqu’une personne est retrouvée écrasée contre un platane, bien éméchée, il y a fort à parier que ce n’était pas la première fois qu’elle roulait dans cet état. Et elle connaissait très bien l’effet de l’alcool sur la conduite, ce qui ne l’a pas empêché de prendre le volant.

Ce genre de cas représente une part non négligeable de la mortalité. Lorsque ces accidents n’impliquent pas le tragique décès de personnes qui malheureusement passaient par là, j’aimerais qu’on les isole des statistiques. Je suis lassé de voir les gouvernements légiférer en fonction d’eux, influencés par les associations qui ne retiennent qu’eux. Avant du durcir les règles, parmi les accidents, comptons ceux qui ne les respectaient pas. Les plus imbéciles au volant sont une minorité sur nos routes mais ont un poids médiatique beaucoup trop élevé.